5. Une industrie sous tutelle étrangère
Comme toute l'industrie, le cinéma est placé sous le contrôle de l'occupant, qui cherche surtout à interdire les œuvres militaristes et à favoriser celles qui aideront à la démocratisation du pays. Les cinéastes, qu'ils soient apparus au début de la guerre comme Kurosawa Akira (La Légende du Grand Judo [Sanshiro Sugata], 1943), Kinoshita Keisuke (Le Port en fleurs [Hana saku minato], 1943), Ichikawa Kon (Une fille au temple Dojo [Musume Dojoji], 1945-1946), ou qu'il s'agisse des maîtres de toujours, tels que Mizoguchi, doivent pactiser, collaborer, sinon ruser pour traiter certains sujets, ou bien courir le risque de se voir interdire.
Dans un pays très touché par la guerre, et dont les cicatrices sont visibles dans le pays, l'industrie cinématographique renaît peu à peu. Dès 1947, quatre-vingts films sont en production, et le réseau des salles comporte deux mille unités. Une nouvelle société d'importance se crée, la Shintōhō, en dissidence de la Tōhō, tandis qu'un certain nombre de cinéastes liés aux partis politiques de gauche (le Parti communiste essentiellement) choisissent de quitter les « studios » et revendiquent l'indépendance. Ainsi, en même temps qu'Imai Tadashi (La Mer en colère [Ikari no Umi], 1944 ; Nous sommes vivants [Dokkoi ikiteru], 1951), Kamei Fumio (La Vie d'une femme [Onna no Issho], 1949), Yamamoto Satsuo (Quartier sans soleil [Taiyo no nai maki], 1954) signent des œuvres fortement engagées, d'autres, toujours encadrés par les grandes sociétés, réalisent des films plus nostalgiques, comme Yoshimura Kozaburō (Le Roman de Genji [Genji monogatari], 1951), ou Gosho (Croissance [Take kurabe], 1955), qui connaissent de grandes réussites. Kurosawa (L'Ange ivre [Yoidore tenshi], 1947 ; Chien enragé [Norainu], 1949 ; Scandale [Shubun], 1950), Kinoshita (Le Matin de la famille Osone [Osone-ke no asa], 1946 ; La Tragédie du Japon [Nihon ni igeki], 1953) tournent des films énergiques, des drames forts, bénéficiant souvent d'une grande invention visuelle. Ozu […]
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