2. Un premier tournant
1921, année de la production d'Âmes sur la route (Rojo no reikon), de Murata Minoru et Ōsanai Kaoru d'après l'œuvre de Maxime Gorki, sans doute le premier film le plus célèbre, marque une année charnière dans l'organisation d'une industrie nouvelle, dans la structuration d'une production et dans l'élaboration d'un art cinématographique véritable. Le cinéma se concentre et se répartit sur les villes de Tōkyō et de Kyōto ; les premières grandes sociétés, ou studios, à l'image des Major companies américaines, se constituent (prenant sous contrat annuel comédiens, réalisateurs et techniciens), et, si les grandes adaptations littéraires sont largement répandues dans la production, on voit, dès le début des années 1920, apparaître deux grandes catégories qui deviendront immuables, le film à costumes, ou jidai-geki, le plus souvent tourné à Kyōto, et le film contemporain, ou gendai-geki, majoritairement produit à Tōkyō. Le développement du film contemporain est accentué par le fait que dès 1921, dans une perspective réaliste, des actrices sont acceptées pour jouer les rôles féminins, rôles autrefois tenus par les onnagata, acteurs travestis en femmes, dans la plus pure tradition théâtrale de la représentation.
En ce début des années 1920, ceux qui vont être considérés comme les premiers auteurs du cinéma japonais font leurs débuts de réalisateur : Mizoguchi Kenji, avec Le Jour où l'amour revient (Ai ni yomigaeruhi, 1922), Kinugasa Teinosuke, avec Deux Petits Oiseaux (Niwa no kotori, 1922), Gosho Heinosuke, avec L'Été dans les îles du Sud (Nanto no haru, 1925), Yamamoto Kajirō, avec Danun (1924), Itō Daisuke, avec Journal d'un alcoolique (Shuchu Nikki, 1925). Suivant leur personnalité plus ou moins forte, qu'ils travaillent pour l'une ou l'autre des grandes sociétés de production intégrées en « studios » (verticalité qui va de la production à la propriété des salles de cinéma), les réalisateurs participent plus ou moins d'un certain style « maison ». Dans les années 1920, la Nikkatsu est plutôt connue pour ses mélodrames urbains, pour ses films sentimentaux, tandis que la Shochiku, plus que d'autre […]
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