Peintre né en 1936 à Hambourg, étudiant à l'École des beaux-arts de Munich de 1955 à 1960, Jan Voss vit et travaille à Paris depuis 1960. Il occupe en France une place à part, et la première rétrospective de son œuvre, au musée d'Art moderne de la Ville de Paris (À portée de vue, 1978), a permis de mesurer la liberté, l'indépendance par rapport à toutes les modes auxquelles les arts visuels sont constamment menacés de se soumettre. Ses tableaux « émettent, comme le dit Bernard Noël dans le livre qu'il lui a consacré (Trajet de Jan Voss, 1985), quelque chose d'aérien » : on y découvre peu à peu « que tout ce qui paraissait distribué à l'instant à la surface de la toile » obéit en fait à une organisation « contagieuse ». On ne saurait rattacher son travail, où il utilise tous les moyens spécifiques d'un peintre actuel : huile sur toile et sur papier, acrylique, aquarelle, gouache, crayon, pastel, collage, etc., ni à l'écriture automatique des surréalistes, ni au dripping ou à la peinture gestuelle d'un Pollock ou d'un Soulages, ni à la calligraphie (sa femme est japonaise). Sa ligne est un « sens qui délire » : « elle ne perd une forme que pour tomber aussitôt dans une autre, les imbriquer, si bien que le mouvement laisse en l'air les figures qu'il convoque » (B. Noël). Tout se passe en effet comme si Voss voulait donner au trait et à la ligne une liberté imprévisible, jusqu'à contrecarrer les schèmes des gestes soi-disant spontanés. Sa ligne bondit, s'envole, bifurque dans le vide de la toile : mélodie oublieuse d'elle-même, elle transforme la surface du tableau en espace de fuites et d'entrechocs incessants.
Pourtant, à partir de 1964-1965, Voss s'était inscrit dans le mouvement de la figuration narrative, telle que l'a définie Gérald Gassiot-Talabot en 1965. Ses tableaux de 1963 (Des mots en l'air, Lido, Grands Moments de la saison) et plus encore ceux de 1965 (Rencontres) semblaient raconter des histoires en parodiant les conventions de la bande dessinée. On y voyait des si […]
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