Philosophe tchèque de réputation mondiale, signataire du Manifeste de la Charte 77, Jan Patočka était venu étudier à Paris en 1929. Il est alors introduit par Alexander Koyré et par Georges Gurvitch à la philosophie phénoménologique allemande et assiste aux Pariser Vorträge de Husserl, noyau des futures Méditations cartésiennes. En 1932-1933, à Berlin, il s'initie, sous la direction de Nicolai Hartmann, de Werner Jaeger et de Jacob Klein, à la philosophie grecque, principalement à Aristote. À Fribourg-en-Brisgau, il travaille auprès de Husserl, lui-même professeur emeritus depuis 1929 ; il assiste aux cours de Heidegger et suit de près les recherches de Eugen Fink. Dès son retour à Prague, il participe à la création du Cercle philosophique de Prague, qui, de 1934 à 1939 et de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1948, fut, avec le Cercle linguistique de Prague, un des centres les plus vivants de la pensée européenne. Husserl y donne, à l'automne de 1935, les conférences d'où devait sortir La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (1936).
Jan Patočka préserva durant toute sa vie une double allégeance : à la métaphysique, comme ressource ancienne et comme source actuelle de questionnement ; à la phénoménologie, comme méthode de rupture avec le sens commun, de radicalisation des questions et de clarification des contextes. Du conflit latent entre ces deux exigences il ne paraît encore rien dans la thèse de 1936 (rééditée à Prague en 1971 et publiée à La Haye en traduction française, en 1976, avec une Postface dont nous parlerons plus loin). Cet ouvrage, intitulé Le Monde naturel comme problème philosophique, exprime des idées voisines de celles de Husserl dans La Crise des sciences européennes, concernant l'enracinement de tous les savoirs théoriques dans un « monde de la vie », dont la perception et le souci quotidien définissent le niveau.
Au moment où l'invasion s'abat sur la Tchécoslovaquie, Jan Patočka est en train de joindre à l'influ […]
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