Fils du premier président de la République tchécoslovaque, Tomáš Masaryk, et de l'Américaine Charlotte Garrigue, Jan Masaryk, musicien doué et causeur attachant, cache sous un humour de bon vivant une sensibilité très vive marquée par le protestantisme social de ses parents. Ce doux géant est en fait un infirme et un valétudinaire angoissé par le spectre de la maladie mentale qui emporta sa mère et son frère Herbert.
À vingt et un ans, il quitte Prague, sa ville natale, pour les États-Unis, où il reste six ans, et rentre au pays à la veille de la Première Guerre mondiale. Il y participe comme lieutenant sur les fronts polonais et italien, puis gagne l'Ouest et devient tout naturellement secrétaire particulier des dirigeants du Conseil national tchécoslovaque. De là, il passe à la diplomatie en 1919 comme conseiller de légation à Londres, où il demeurera jusqu'en 1938 avec une interruption de deux ans (1923-1925) comme secrétaire général du ministère des Affaires étrangères à Prague. Malgré son mariage malheureux avec une Américaine, Jan s'impose à la cour de Saint James, où il devient ambassadeur en avril 1925. Cet « occidentaliste » est bouleversé par la politique d'abandon des Franco-Britanniques, qui débouche sur l'accord de Munich. Il démissionne aussitôt de ses fonctions et entreprend alors une tournée de conférences aux États-Unis.
Après le démembrement de son pays, en mars 1939, il retourne à Londres, où s'organise, autour de lui et de Beneš, un Conseil national tchécoslovaque. Il commence alors ses émissions à la B.B.C., qui seront très populaires dans sa patrie pour laquelle il symbolise, avec Beneš, la continuité de l'État. Le 9 juillet 1940, il devient ministre des Affaires étrangères du gouvernement en exil, reconnu douze jours plus tard par la Grande-Bretagne. En octobre, il conclut avec lord Halifax un accord sur la participation militaire tchécoslovaque dans le conflit. Un an plus tard, il est l'artisan de la reconnaissance de son gouvernement par les États-Un […]
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