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KOLLÁR JÁN (1793-1852)

Poète tchécoslovaque, pionnier de l'idée slave, Ján Kollár est né dans une famille paysanne slovaque. Il fait ses études de théologie protestante à Jena, dans une région qui avait été slave au Moyen Âge ; là, il est profondément impressionné par l'activisme patriotique allemand (il rencontre Goethe). Il rencontre aussi l'amour de sa vie, la fille du pasteur Schmidt, Frédérique Wilhelmine, qu'il n'épousera qu'en 1835. Sur le chemin du retour, il rencontre à Prague Dobrovský, Jungmann et autres « éveilleurs ». Consacré pasteur, il est nommé à Pest. Loin du milieu tchèque mais aussi slovaque (Štúr et son école), il prend ses distances à l'égard des mouvements contemporains et s'adonne à l'archéologie slave ; en 1849, il commence à enseigner cette discipline à l'université de Vienne mais sa recherche souffre de fantaisies gratuites.

Poète, Ján Kollár restera en fait l'auteur d'un seul recueil puisqu'il reprend ses Poèmes (Básně, 1821) dans la première édition de sa Fille de Sláva (Slávy dcera, 1824 ; 154 sonnets), qu'il élargit sans cesse (1832, 1845, 1852 : 645 sonnets). Au départ, il obéit à une double inspiration, celle de l'amour de sa patrie et celle de l'amour de Mina (Wilhelmine), qui, peu à peu, se fondent en un seul sentiment d'amour pour toute la famille slave. Passant successivement par les territoires que les Slaves avaient occupés et occupent, Kollár célèbre leur passé et leur avenir, qu'il voit glorieux, libre, démocratique ; la communauté slave est transcendée par l'humanité et par la lutte pour la libération de tous les opprimés. Cette noble poésie a un immense retentissement parmi ses compatriotes tchèques et slovaques mais aussi chez les autres Slaves.

En 1836, dans l'essai Sur la solidarité slave entre les tribus et les dialectes slaves (O literárnej vzájemnosti mezi kmeny a nařečími slávskými, éd. élargie en allemand, 1837), Kollár tire les conséquences pratiques de son slavisme enthousiaste : il recommande une étroite collaboration et des échanges sur le seul plan culturel, en évitant le domaine politique et tout idéal messianique.

Au moment où Štúr et ses amis décident, en 1843, de constituer une langue littéraire slovaque propre, Kollár est parmi ceux, nombreux surtout en Bohême et en Moravie, qui protestent contre cette mise à l'écart linguistique des Tchèques. Kollár contribue néanmoins involontairement à la naissance d'une littérature slovaque spécifique en recueillant des Chansons populaires des Slovaques de Hongrie (Národnie zpievanky..., 2 vol., 1834-1835).

Un demi-siècle après sa mort, la dépouille mortelle de Ján Kollár est transférée de Vienne à Prague, et déposée à Slavín, lieu de sépulture commune des grands hommes et femmes tchèques.

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