3. Précieux et érotique
Le lyrisme religieux, mystique, moralisant, populaire ou cérémonieusement bigot, et le poème épique, souvent imprégné de l'esprit de croisade antiturque, étaient les genres préférés du xviie siècle. Le lyrisme de Morsztyn est, en revanche, essentiellement précieux et érotique. Indifférent aux problèmes religieux, passionné par la diplomatie, maître de l'intrigue politique et – probablement – amoureuse, Morsztyn polit sans fin ses poèmes qu'il fait circuler dans un cercle restreint d'amateurs (ils ne furent édités qu'aux xixe et xxe s.). Il se fait d'abord connaître par des traductions : paraphrases de l'Aminta du Tasse et de Psyché, fragment de l'Adone de Marini, poète qui semble avoir exercé la plus grande influence sur Morsztyn, mais on trouve dans son œuvre de nombreuses réminiscences classiques, d'Horace et de Martial surtout, de même que des emprunts à Pierre Ronsard, Clément Marot et Vincent Voiture.
Quant à ses propres poèmes, Morsztyn les rassemble en deux cycles : Kanikuła albo psia gwiazda (1647, La Canicule), placée tout entière sous le signe du feu céleste ou amoureux, et Lutnia (1661, Le Luth), recueil de deux cents pièces aux sujets plus variés. Poèmes de circonstance, épigrammes, compliments, panégyriques, méditations, mais d'abord, et surtout, poèmes d'amour témoignent d'une véritable fascination de l'artificiel et de l'incroyable. Parfois, toute réalité semble s'évanouir dans le miroitement des métaphores et des paradoxes, annulés souvent par des conclusions brutales ou cyniques. Moments d'un jeu amoureux continuellement démasqué et repris, les sonnets, ballades, chansons et rondeaux de Morsztyn évoquent – ne fût-ce que par leur structure fortement dramatisée – l'art de la conversation ; mais le poète dépasse constamment l'attitude ludique par des provocations légèrement libertines ou par un scepticisme désabusé.
La pointe et le « concetto » règnent en maîtres dans ses poèmes ; mais ils mettent en mouvement des images guerrières, r […]
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