3. L'originalité de Cooper
Parce qu'il a découvert les sources nationales du romanesque, de l'humour et du tragique, et parce que sa renommée a très vite franchi les frontières, Cooper peut être tenu pour le premier grand romancier des États-Unis, et le plus influent de son époque. Au cours d'une carrière fiévreuse, il a traité une multitude de sujets, créé une foule de personnages, dont les plus mémorables sont Bas de cuir et Harvey Birch, le yankee roublard et patriote de L'Espion. C'est du terroir qu'il a tiré le sujet de ses meilleures œuvres, d'une Amérique bien observée, même si le tableau est parfois estompé par la nostalgie du passé ou caricaturé par l'irritation du présent. James Fenimore Cooper excelle à rendre deux mondes en voie de disparition au xixe siècle : la frontière, la marine à voile. Malgré ses qualités d'action et de « suspense », qui en font l'ancêtre du « western », son œuvre n'est pas dépourvue d'artifice ni de facilité. Idéaliste et chauvin, l'écrivain s'empêtre trop souvent dans un style ampoulé et prétentieux dont Mark Twain s'est cruellement moqué ; ses idylles, ses portraits de femmes se signalent par leur convention et leur fadeur quasi caricaturale. Mais on trouve aussi chez lui, quand le sujet l'inspire, de belles descriptions et d'admirables tirades qui évoquent Chateaubriand. Il restera sans doute le premier critique sévère des Américains et le créateur d'un mythe où s'expriment la fascination et le remords du Blanc devant l'élimination brutale des autochtones.
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