Parfois surnommé le « Walter Scott américain », James Fenimore Cooper est le pionnier du roman aux États-Unis, comme son roman est par excellence celui du pionnier. Doué d'une riche invention et d'un sens inné du romanesque, l'écrivain s'est inspiré d'exemples européens, mais son expérience américaine lui a fourni l'essentiel de sa matière. La jeunesse du monde entier l'a aimé, des auteurs tels que Balzac, Conrad et D. H. Lawrence ont fait son éloge. Notre siècle préfère en lui le démocrate jeffersonien, le pamphlétaire et le critique social ; nombre de contemporains voient dans les récits de Bas de cuir un des maîtres mythes de la nation américaine, et en leur auteur l'un de ceux qui ont su le mieux exprimer une ère révolue, mais capitale dans la formation des États-Unis.
1. Un indépendant
Cooper est né à Burlington (New Jersey), mais a passé son enfance au manoir d'Otsego Hall, à Cooperstown (New York) : son propre père, homme politique et colon, avait fondé cette ville sur la « frontière » encore à demi sauvage qui devait fournir à l'écrivain quelques-uns de ses meilleurs thèmes. Expulsé de Yale College, Cooper commence en 1806 une carrière navale qu'il abandonnera lorsque ses projets de navigation se trouveront contrariés. En 1810, il épouse une héritière new-yorkaise et mène la vie d'un gentleman-farmer dilettante jusqu'au moment où, ses cinq frères étant morts, il se trouve responsable de leurs familles. En 1820, à la suite d'un pari avec sa femme, Cooper rédige Precaution, roman de mœurs dans la manière de Jane Austen ; encouragé, il relève un défi après l'autre : The Spy (L'Espion, 1821) – roman semi-historique et national –, The Pioneers (Les Pionniers, 1823) – roman de la frontière –, The Pilot (Le Pilote, 1824) – roman maritime. Le succès vient très vite le récompenser ; une fois la fortune familiale rétablie, l'écrivain part pour l'Europe en 1826, résolu à faire le « grand tour » et à veiller sur ses intérêts littéraires en Grande-Bretagne. Plusieurs volumes retracent ces péré […]
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