2. Le cubisme et la Section d'Or : 1910-1914
Le petit groupe du Bateau-Lavoir, défendu par Kahnweiller, n'emportait pas les suffrages de tous les jeunes peintres parisiens qui y voyaient un goût étranger dont le statisme et les couleurs ternes leur semblaient compromettre les riches possibilités géométriques du cubisme. C'est dans cette réaction que naquit, baptisée par Jacques Villon, la Section d'or qui groupait, autour des frères Duchamp lors des « dimanches » de Puteaux, la pléiade d'artistes qui souhaitaient donner des assises théoriques au cubisme pour mieux l'exploiter : Albert Gleizes, Jean Metzinger, Roger de La Fresnaye, Fernand Léger, Robert Delaunay, Francis Picabia, avec des critiques, tels Guillaume Apollinaire et Walter Pach. Leur première exposition eut lieu en 1912 à la galerie La Boétie. Un nouveau cubisme naissait, cinq ans environ après les Demoiselles d'Avignon, moins spontané que l'autre, presque cartésien, préoccupé des proportions issues du fameux « nombre d'or » et des théories de Léonard de Vinci sur la vision, appliquées tant aux compositions qu'aux couleurs. Le but avoué était de faire éclater le cubisme en une explosion colorée et dynamique. Après le Portrait de Raymond (1911), c'est un dessin représentant des Soldats en marche qui marque l'« entrée en cubisme » de Villon. En même temps, Raymond Duchamp sculptait son Torse d'athlète aux volumes stylisés et rythmés. Mais l'œuvre majeure de l'hiver 1911-1912 devait être le Nu descendant un escalier que le plus jeune des frères Duchamp, Marcel, peignit après plusieurs études de composition « simultanées » sur le thème significatif des Joueurs d'échecs. Le Nu de Marcel Duchamp surclassait d'emblée non seulement le cubisme mais le futurisme, dont le manifeste avait été publié en France dès 1909 (la première exposition parisienne n'eut lieu toutefois qu'en 1912 chez Bernheim). Raymond mourut en 1918 d'une typhoïde après avoir produit plusieurs œuvres remarquables (Les Amants, 1913 ; Le Cheval majeur
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