Si, à propos de Jacques Rivière, on a bien raison d'évoquer l'importance de son rôle à la tête de La Nouvelle Revue française, sa compréhension profonde des écrivains ses contemporains, ses conseils lucides aux jeunes auteurs, la part qu'il prit à une nouvelle orientation de la critique, on ne doit pas négliger pour autant l'œuvre écrite à travers laquelle se livre un itinéraire personnel significatif.
Né à Bordeaux, Jacques Rivière vient préparer à Paris le concours d'entrée à l'École normale supérieure ; c'est alors qu'il se lie avec Alain-Fournier (dont il épousera la sœur Isabelle) d'une amitié profonde et durable ; les lettres qu'ils échangeront (Correspondance de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier [1905-1914], 1926) demeurent un document émouvant et fascinant sur deux jeunes esprits de grande envergure qui mettent en commun leurs découvertes en ce début du xxe siècle.
Liciencié ès lettres, professeur au collège Stanislas, Jacques Rivière continue ses explorations, passionné de musique, d'arts plastiques et de poésie autant que de philosophie, se refusant à dissocier la joie du jeu de celle de la connaissance. « Il est vertigineux que les gens qui s'occupent de philosophie comprennent si mal quel jeu admirablement divers, voluptueux, libre et vain, elle est », écrit-il à Claudel en 1908. « Je voudrais montrer comment tous les grands systèmes ont été conçus par leur auteur d'une manière uniquement artistique. On pourrait dessiner la métaphysique de Platon, de Descartes, de Malebranche, de Spinoza. » Il s'adonne en même temps à la critique ; il réunit ses principaux articles, en 1912, dans Études. Étonnants par la vigueur de leur pointe et la finesse de leur touche, ces textes sont consacrés à des écrivains — Baudelaire, Claudel et Gide —, à des musiciens — Rameau, Bach, Franck, Wagner, Moussorgski, Debussy — et à des peintres — Ingres, Cézanne, Gauguin. De Nouvelles Études seront réunies en un volume posthume, en 1947.
Devenu très ami de Claudel et de Gide (sa Correspondance avec Paul C […]
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