Avec Marat et Desmoulins, Hébert a été le plus célèbre journaliste de la Révolution française, le plus discuté aussi. Fils d'un bourgeois aisé et d'une mère d'origine noble, il ne parvint jamais, contrairement à la légende qui l'assimile à son personnage, le Père Duchesne, à se débarrasser de ses origines. Le journaliste Fiévée, qui l'entendit aux Jacobins, note : « Le Père Duchesne parut plus propre que le style de son journal, mieux de manières que ne l'aurait fait supposer le rôle qu'il avait pris. »
La Révolution lui ouvre la voie : après diverses brochures, il lance en 1790 (juin-juillet) un journal qui le rend célèbre, Le Père Duchesne. Il s'y montre, au début, maladroit, attaquant Marat notamment. Mais ses « grandes colères » et ses « fureurs » retiennent l'attention des sans-culottes. Le ton reste encore modéré, en 1790, à l'égard du roi. Puis le journal se fait de plus en plus violent pour atteindre le sommet de sa virulence au 10 août 1792. Hébert devient substitut du procureur de la Commune de Paris après le renversement des autorités légales, tout en conservant son activité de journaliste. Il se déchaîne lors du procès du roi : « Grande joie du Père Duchesne de voir que la Convention a pris le mors aux dents et va faire essayer la cravate de Samson au cornard Capet. » Ce style ne plaît pas à tous. Le 24 mai 1793, Hébert est arrêté à la suite des attaques de la Gironde ; mais, sous la pression populaire, il est relâché peu après et c'est la Gironde qui est finalement vaincue le 2 juin. La mort de Marat lui laisse le champ libre. Il devient l'idole des sans-culottes que séduit son ton gouailleur, ses propos orduriers et sa dénonciation des riches. Mais la violence de son ton finit par le perdre : l'accusation d'inceste lancée par lui au procès de Marie-Antoinette le discrédite non seulement aux yeux des modérés, mais à ceux aussi des membres du Comité de salut public qu'exaspèrent ses surenchères démagogiques et les pressions des « enragés » dans le domaine économ […]
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