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LIPCHITZ JACQUES (1891-1973)

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2.  Un baroquisme exacerbé

Non seulement Lipchitz est de ces créateurs qu'une discipline quelconque ne saurait longtemps brider, mais son art est ainsi fait que sans jamais céder à l'anecdote il se charge d'une puissance évocatrice qui dépasse de beaucoup la simple affirmation du fait plastique. Au sortir d'un cubisme à qui il avait su imprimer en plusieurs endroits des accents d'une violence, d'une décision dont on ne trouverait l'équivalent que dans la statuaire africaine, Lipchitz réalise quelques œuvres monumentales qui comptent parmi les plus riches en suggestions poétiques de tout l'art contemporain, en particulier la grande Figure de 1930 (Musée national d'art moderne), sorte de totem veillant sur les peuples de la nuit, et Le Chant des voyelles (1913-1932, Musée national d'art moderne), harpe géante érigée sur un socle pour accrocher des lambeaux de nuages. Dès ce moment, Lipchitz donne libre cours à ce « besoin, parfois irrépressible, d'effusion et d'expansion lyrique » qui l'habite depuis toujours. Peu à peu s'édifie une œuvre tourmentée, frénétique, qui semble porter en elle l'énergie accumulée de tous les baroques de l'art occidental. Tous les thèmes lui sont bons – lutte, enlèvement, étreinte amoureuse –, pourvu qu'ils exaltent une conception vitaliste du monde. À claire-voie ou de masse, cette sculpture figurative n'est jamais réaliste : l'esprit peut rêver sur ces concrétions de la matière, ce bouillonnement du bronze d'où surgissent Prométhée terrassant le vautour (1936, coll. Dr Solot, France), Thésée combattant un minotaure issu de sa propre chair (1942, collection J. Lipchitz). L'inspiration de Lipchitz s'apaise-t-elle un instant, c'est pour chanter la joie, invisible mais présente dans l'étrange boule en treillis métallique, hérissée comme une bogue de marron d'Inde, du Printemps (1942, bronze ; coll. J. B. Reis, New York) aussi bien que dans la sphère monumentale de Notre-Dame de Liesse (1948, église d'Assy) ou de Notre Arbre de vie, cette sculpture destinée au mont Scopus de Jérusalem, qui fut son dernier projet mais pour laquelle il exécutait des esquisses depuis plusieurs années. Enchevêtrement prodigieux des racines ou des corps, branches écartées des arbres-lyres, sphères soigneusement ouvrées pour servir d'écrin au vide, l'œuvre tourne autour d'un petit nombre de structures qui ont la simplicité et l'éloquence des formes primordiales. Pourquoi s'étonner alors de leur pouvoir d'envoûtement ?

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« LIPCHITZ JACQUES (1891-1973) » est également traité dans :

CUBISME

Écrit par :  Georges T. NOSZLOPYPaul-Louis RINUY

Dans le chapitre "Le cubisme et le vide : Lipchitz, González, Gargallo"  : …  Il revint à* Jacques Lipchitz (1891-1973) dont les premières sculptures cubistes datent de 1913, tel L'Écuyère à l'éventail (plâtre, 1913, Musée national d'art moderne, Paris), de concrétiser ce lien entre le cubisme et l'abstraction. Fragmentant les formes et décomposant les corps, Lipchitz en arrive avec sa Figure assise de 1915… Lire la suite

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Femme debout, J. Lipchitz

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