Élève et parent de Jules Hardouin-Mansart, père de l'illustre Ange Jacques, l'architecte Jacques Gabriel est communément désigné sous le nom de Jacques III et par certains historiens sous celui de Jacques V. Il accomplit une carrière rapide et brillante : contrôleur des Bâtiments du roi en 1687, membre de l'Académie d'architecture en 1699, premier ingénieur des Ponts et Chaussées en 1716, premier architecte en 1734. Auteur de nombreux hôtels (de Varengeville, 1704 ; Peyrenc de Moras-Biron, 1730), de projets pour des églises (Hôtel-Dieu à Orléans, Oratoire à Paris, cathédrale de La Rochelle) et de ponts (Blois). Mais l'essentiel de son œuvre est constitué par ses importants travaux à Rennes, à Bordeaux et à Dijon. À Rennes, il reconstruit le centre de la ville après l'incendie de 1720 et dessine (1730) l'hôtel de ville, à la silhouette mouvementée et pittoresque, « la création officielle la plus baroque du xviiie français » (Pariset). À Bordeaux, de 1729 à sa mort, il crée la place Royale, ouverte sur le fleuve, rectangle à pans coupés, « demi-place Vendôme » (Hautecœur), mais plus aérée : un pavillon central au fond et, en façade sur le fleuve, deux pavillons latéraux, la Douane et la Bourse, dotés d'un avant-corps à colonnes et fronton. L'ordonnance est plus monumentale qu'à Rennes à cause de l'ordre colossal de pilastres et de colonnes, et surtout de la ligne régulière des toitures qui donne à l'ensemble une majesté tranquille, bien classique. À Dijon enfin, Gabriel construit, en 1733, au palais des États, une aile nouvelle comportant un vaste escalier d'honneur, œuvre élégante, ouverte à la lumière. Il est juste d'associer au nom de Jacques Gabriel celui de son sculpteur attitré Verbeckt (1704-1771), responsable de la décoration sur les trois grands chantiers provinciaux.
Jean-Jacques DUTHOY
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