3. Affrontement des théories
Autour de Blondel, dans l'Europe des Lumières, une réflexion critique s'instaurait sur l'essence de l'architecture, la validité des structures traditionnelles, l'emploi raisonné des matériaux. L'esprit philosophique essayait d'abstraire les lois de la composition, dans l'espoir de fonder la beauté sur la raison. Dès le début du siècle, l'abbé de Cordemoy avait osé mettre en cause quelques principes admis de son temps. Ses critiques avaient trouvé leur écho chez l'ingénieur Amédée Frézier, le carme vénitien Lodoli, le jésuite Marc-Antoine Laugier. La valeur universelle accordée par l'âge humaniste aux ordres gréco-romains pouvait être contestée. Ce langage architectural ignorait la variété des climats et des matériaux, l'évolution des sociétés ; consacré par le génie des maîtres, il pouvait être conservé, mais exigeait une justification philosophique. Laugier l'emprunte à Vitruve, qui considère le temple comme la transposition de la hutte primitive et les colonnes comme l'équivalent des troncs employés à la bâtir. Les conceptions animistes de Laugier sauvaient ainsi l'ordre antique en désignant ses modèles dans la nature ; mais elles impliquaient une réforme de la syntaxe architecturale. Comme des troncs enracinés, les colonnes devaient surgir du sol, embrasser les étages et supporter réellement, tel un linteau, l'entablement général de l'édifice. Cette proposition révolutionnaire condamnait les soubassements, les colonnes engagées, les pilastres et la superposition des ordres. Sur ce point, Laugier heurtait fortement Blondel, qui enseignait à orner l'édifice à l'échelle de chaque étage et regardait l'ordre colossal, surtout dans un hôtel ou un château, comme une licence et un signe d'ostentation. Laugier n'admettait les frontons que s'ils répondaient aux deux versants d'un toit. La pensée du jésuite rejoignait ici celle du carme Lodoli, pour qui l'apparence d'un édifice devait exprimer sa structure et sa fonction. Leur contemporain Diderot a défini mieux que person […]
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