Un an avant sa mort, Jacques Delille était considéré comme le plus grand des écrivains français vivants. En 1813, on lui fait des funérailles magnifiques. Pourtant, un siècle et demi après sa mort, un groupe de chercheurs clermontois s'interrogent sur la destinée posthume de leur compatriote et intitulent leur ouvrage : Delille est-il mort ? C'est dire que cette poésie tantôt didactique et descriptive, tantôt morale et philosophique a vite et mal vieilli.
Delille, en son temps, fut surnommé le Virgile français. Né en Limagne, près de Clermont, il compare son pays d'origine à la région de Mantoue. D'origine modeste, il travaille d'abord comme enseignant dans différents collèges, à Beauvais, à Amiens, puis à Paris ; il prépare pendant ce temps une traduction des Géorgiques, qu'il publie en 1769. Voltaire en est si frappé que, sans connaître le poète en aucune façon, il écrit à l'Académie française pour le recommander chaudement. Delille y est en effet présenté en 1772 ; jugé trop jeune, il est admis deux ans plus tard. Peu de temps après (1780), il publie son grand poème des Jardins, bientôt traduit en de nombreuses langues. On y trouve des accents mélancoliques qui annoncent parfois le lyrisme de Lamartine et dont on peut citer ce vers pour exemple : J'aime à mêler mon deuil au deuil de la nature. La poésie, achevée pendant la guerre des États-Unis, s'élève pour finir en une invocation à la paix assez caractéristique du style qui fit le succès de Delille : Viens, forme un peuple heureux de cent peuples divers, / Rends l'abondance aux champs, rends le commerce aux ondes, / Et la vie aux beaux-arts, et le calme aux deux mondes.
À la suite d'un voyage à Constantinople et en Grèce, il écrit un poème intitulé L'Imagination, dans lequel il décrit les impressions qu'il reçut de ces superbes paysages. Mais c'est toujours de l'inspiration virgilienne qu'il se tient le plus proche. Au Collège de France, où il occupe la chaire de poésie latine depuis 1781, il récite ses propres vers après ceux de Virgile. Pendant […]
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