2. À la conquête du pouvoir
Tout de suite, Jacques Chirac veut apparaître comme un adversaire résolu du nouveau pouvoir socialiste et comme un recours. Il lui faut, à la fois, continuer d'ancrer le R.P.R. dans la vie politique française et marginaliser Raymond Barre. Sa nouvelle image, plus posée, et l'évolution de la situation politique font de lui, dans les sondages, un président de la République en puissance. Il a désormais pour mentor Édouard Balladur, qui a pris auprès de lui la place de Pierre Juillet et de Marie-France Garaud.
Vainqueur, avec le R.P.R. allié à l'U.D.F., des élections législatives de 1986, Jacques Chirac accepte de retourner à Matignon. Mais la « cohabitation » avec François Mitterrand tournera nettement en faveur du président sortant qui, en 1988, voit son mandat renouvelé pour sept ans. Pour Jacques Chirac, qui n'a obtenu que 46 p. 100 des voix au second tour, les années qui suivent ne seront exemptes ni de doutes ni d'obstacles. Il lui faudra affronter, au sein de son parti, la fronde des rénovateurs (1989), puis celle de Charles Pasqua et de Philippe Séguin (1990). À l'approche de la première échéance importante, celle des élections législatives de 1993, le débat national sur la ratification du traité de Maastricht va le remettre en selle. Le succès du oui au référendum est une victoire personnelle pour Chirac, qui s'est engagé vigoureusement dans la campagne et a réussi à maintenir l'unité d'un R.P.R. majoritairement favorable au non.
En 1993, il ne renouvelle pas l'expérience de 1986 et laisse à Édouard Balladur la tâche de gérer à Matignon la seconde cohabitation. Lui-même se réserve pour l'élection présidentielle de 1995. Ce choix tactique manquera de lui être fatal, car la rivalité sera bientôt vive entre les deux « amis de trente ans ». Longtemps, Édouard Balladur jouira d'un pourcentage impressionnant d'opinions favorables et distancera Jacques Chirac dans les intentions de vote. Seuls quelques fidèles, dont Alain Juppé, croient encore en ses chances à la fin de l'année 1994, qui voit Charles Pasqua tenter de faire accepter aux responsables de la droite le principe d'une « primaire » à l'américaine. Relancé par le renoncement de Jacques Delors à porter les espoirs de la gauche, Jacques Chirac va refaire le terrain perdu à la faveur d'une campagne impressionnante. Il ne devancera pourtant que de justesse Édouard Balladur à l'issue du premier tour de scrutin, avant de s'imposer à son adversaire socialiste, Lionel Jospin, le 7 mai 1995. Comme pour son prédécesseur, la troisième tentative aura été la bonne.
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