Bien qu'il considérât son œuvre comme essentiellement autobiographique, Jacques Borel accepta que L'Adoration, son premier livre, fût sous-titrée roman. Le récit, en effet, a une logique qui n'est pas celle de l'histoire, mais de la mémoire ; il en suit tous les méandres. Et aucun Aveu différé (1997), selon le titre d'un autre de ses ouvrages, ne peut mettre fin à l'anamnèse : si précise qu'en soit la relation, le passé demeure une invention du présent.
L'Adoration, qui reçut le prix Goncourt à sa parution en 1965, s'ouvre sur cette phrase : « Je n'ai pas connu mon père... » À la suite de cette mort prématurée, l'enfant, né en 1925 à Saint-Gaudens, est élevé par sa grand-mère. Il a dix ans quand il rejoint sa mère à Paris. Elle travaille comme femme de chambre dans la maison que gère son frère. Élève au lycée Henri-IV, puis étudiant à la Sorbonne, Jacques Borel consacre son mémoire à l'œuvre de G. M. Hopkins. Il sera professeur d'anglais en France, et de français aux États−Unis, en 1967 ; entre 1969 et 1974, il est lecteur chez Gallimard ; de 1984 à sa retraite en 1986, il exercera les fonctions d'attaché culturel à Bruxelles.
De ces multip […]
