2. Une langue destinée à la voix
Le génie d'Audiberti devait inévitablement le conduire au théâtre. Nous ne pensons pas seulement ici à une langue admirablement destinée à la voix : l'éloquence, l'équilibre et la profusion verbale peuvent également servir la prose (Joseph Delteil en est un excellent exemple). Mais, dans ses romans déjà, Audiberti plaçait volontiers ses personnages en situation d'affrontement : un jour ou l'autre, forcément, ils quitteraient ses livres pour sauter sur la scène. C'est la vocation naturelle de tout écrivain dont les visions fulgurantes naissent du choc des mots plutôt que des successions d'images. On a souvent évoqué Victor Hugo à son propos (lui-même s'y référait). Il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin dans le temps : c'est à la famille de Claudel qu'il appartient vraiment, un Claudel qui laisserait un instant la droite de Dieu pour écouter parler ses créatures les plus terrestres.
Probablement parce qu'Audiberti n'a pas écrit très tôt pour le théâtre, on ne trouve pratiquement plus trace d'humanisme dans ses pièces : la constance du mal commence à l'obséder, et ne le quittera plus. La question se pose en termes apparemment simples : des deux grandes idéologies présentes au xxe siècle, ni la religion catholique (avec son Dieu infiniment bon) ni l'humanisme marxiste (fondé sur une naturelle bonté de l'homme) ne peuvent rendre compte d'un tel bouillonnement du mal, de tous les temps, sous tous les climats, dans tous les systèmes sociaux. Alors, qui l'expliquera ? Ou plutôt : qui dira comment s'en débarrasser ? Comment trouver une innocence qui paraît si fortement nécessaire ? Mais, à bien y réfléchir, à qui paraît-elle vraiment nécessaire ?
Voilà tout le fond métaphysique, non seulement de Le mal court, où il est clairement exprimé, mais de toutes les œuvres d'Audiberti, de Quoat-Quoat jusqu'à Pomme, pomme, pomme, en passant par Pucelle, Le Cavalier seul, La Hobereaute.
Vers la fin des années quarante, Audiberti et son ami Camille Bryen inventèrent u […]
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