Jacques Audiberti a traversé la civilisation occidentale du xxe siècle comme un paysan méditerranéen, chaussé de gros souliers, muni d'une vaste culture et d'une immense curiosité. Chemin faisant, il a raconté ses découvertes, ses plaisirs, ses surprises, ses colères, ses enthousiasmes, dans une langue d'une richesse inépuisable. Ce verbe qu'il possédait, de la qualité la plus rare, a souvent dissimulé, aux yeux d'un certain public, ce qu'il donnait clairement à entendre, et qui ne faisait pas plaisir à tout le monde.
1. Un Antibois à Paris
Jacques Audiberti est né à Antibes, le 25 mars 1899, d'une famille de maçons. Il fait ses études au collège de la ville. Au sortir de l'adolescence, il travaille quelque temps comme greffier de la justice de paix, puis il se rend à Paris où il devient journaliste : d'abord employé au Journal, il restera quinze ans au Petit Parisien.
Dès 1930, il publie à compte d'auteur son premier recueil de poèmes, L'Empire et la Trappe, qui attire l'attention de Jean Paulhan et lui ouvre les portes de la N.R.F. Poèmes et romans se succèdent alors avec une grande régularité : un ou deux volumes par an jusqu'à la fin de sa vie. En 1945, Audiberti se met à écrire pour le théâtre, sans abandonner pour autant prose et poésie. Mais c'est le théâtre qui lui apporte la notoriété : Quoat-Quoat (1946, Gaîté-Montparnasse) connaît un médiocre succès, ainsi que Le mal court lors de ses premières représentations (1947, Théâtre de poche). Mais La Fête noire (1948, La Huchette), Les Femmes du bœuf (1948, Comédie-Française), Pucelle (1950, La Huchette), et surtout Le mal court, à sa reprise, toujours avec Suzanne Flon (1955, La Bruyère), font d'Audiberti l'un des premiers auteurs dramatiques contemporains. Pendant les dix dernières années de sa vie, il a poursuivi, au même rythme, son œuvre opiniâtre. Quelques critiques rétrogrades n'avaient cependant pas désarmé : après avoir inutilement déconseillé aux spectateurs de voir Le mal court, ils organisèrent un chahut d'honneur, en 1962, lors de la cr […]
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