4. Le « romantisme » de Jacob van Ruisdael
Le plaisir de contempler les créations de Ruisdael est souvent accru si l'on sait situer ce peintre à sa vraie place parmi ses contemporains. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il est en effet nécessaire de préciser ce que nous entendons par le mot « romantique » quand nous tenons Ruisdael pour un peintre romantique. Les paysages hollandais du xviie siècle ont eu une grande influence sur les paysages du xixe siècle, ère du romantisme. Et le romantisme a interprété l'art du xviie siècle d'une façon qui détermine encore sensiblement la manière dont nous voyons Ruisdael et ses contemporains. L'essai de Goethe sur Le Cimetière juif, tableau qui se trouve au musée de Dresde, a pour ainsi dire créé un nouveau Ruisdael. Mais, chose remarquable, Le Cimetière juif est justement la seule allégorie baroque qu'on puisse désigner dans son œuvre (une autre version se trouve à Detroit). Ruisdael avait dessiné avec exactitude ce cimetière inculte, selon la coutume juive. L'artiste a interprété ce motif comme une allégorie de la fragilité de la vie terrestre. Ainsi, il a adapté ce tableau à une tradition très répandue aux Pays-Bas, suivant laquelle on représente une allégorie de la Vanité sous une forme empruntée à la vie de tous les jours. Les ruines soulignent cette signification et la nature s'y adapte. Le temps qui détruit tout, qui efface même la mémoire, n'est pas un vieillard portant une faux, mais une rivière qui érode, qui sape les monuments des générations antérieures. Que la nature elle-même soit soumise aux lois du temps et de la mort, les arbres morts et brisés du premier plan l'attestent clairement. Les nuages et la lumière s'adaptent au motif central, mais la mort, omniprésente, est vaincue ; l'arc-en-ciel, clavis interpretandi de ce tableau, renvoie à cette vérité de foi.
Les hommes du xviie siècle étaient certainement capables de reconnaître (ou de projeter) dans la nature leurs propres états d'âme. Le poème cité du Schilderboek de Karel van Mande […]
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