Jacob Lenz, pendant quelques années (de 1772 à 1776), fut considéré comme l'un des plus brillants représentants de la génération littéraire du Sturm und Drang. Il était très lié avec Goethe. Leur brouille et la brutale rupture qui s'ensuivit ont précipité son œuvre dans une obscurité et une méconnaissance dont elle a mis plus de cent ans à émerger. Longtemps classé comme un épigone un peu excentrique de Goethe, puis comme le précurseur de Büchner, de Grabbe, de Wedekind, voire de Brecht, il n'y a guère longtemps qu'on l'apprécie pour ses qualités propres.
Fils de pasteur, il naît à Sesswegen, petit village de Livonie, dans les provinces baltes. Il obtient une maigre bourse qui lui permet de suivre à l'université de Königsberg les cours d'Emmanuel Kant. En 1771, il se rend à Strasbourg en compagnie et au service de deux condisciples de Königsberg, les frères von Kleist. Là, il fréquente les milieux intellectuels et littéraires, entre à la Société de philosophie et de belles-lettres de l'actuaire Salzmann et se lie avec Goethe, avec lequel il échangera, pendant trois ans, une abondante correspondance. Il s'intéresse au théâtre, à la théologie et à la philosophie. En 1774, il […]
