2. La tentation démoniaque
Un pas est franchi avec le Jack Torrence de Shining (Stanley Kubrick, 1980), qui passe par tous les degrés de la dérive psychologique : schizophrène, obsédé, dément ou démoniaque. Le semi-marginal « cool » de la décennie précédente a définitivement cédé le pas à un Nicholson plus qu'exubérant, parfois comme en proie à un délire paranoïaque, dont chaque apparition à l'écran est tentée par la « performance », du Facteur sonne toujours deux fois (Bob Rafelson, 1981) aux Sorcières d'Eastwick (George Miller, 1987). Déjà dans The Missouri Breaks (Arthur Penn, 1976), son personnage de Tom Logan volait la vedette à Brando. L'acteur est la véritable attraction de Batman (Tim Burton, 1988) dans le rôle du grimaçant et ludique Joker. Il peut aller jusqu'à se pasticher dans un double rôle d'une parodie de science-fiction de Tim Burton, Mars Attacks ! (1996).
Et bientôt Nicholson semble ne plus représenter que lui-même, ce que laisseraient supposer ses propres réalisations, le complaisant Goin'South (En route vers le sud, 1978) et The Two Jakes (1990), piètre suite de Chinatown. De film en film, pourtant, il interprète un personnage humain et complexe qui découvre et fait partager la valeur de la vie, en particulier sous la direction rigoureuse de Sean Penn, tandis que l'acteur (re)découvre la force d'un jeu sobre entrecoupé de quelques éclats (Crossing Guard, 1995 ; The Pledge, 2001). Il fait preuve d'une fascinante jubilation dans le rôle d'un mâle américain typique, séducteur septuagénaire dérisoire et émouvant, au côté de Diane Keaton dans le mineur mais réjouissant Something's Gotta Give (Tout peut arriver, Nancy Meyers, 2003). Avec The Departed (Les Infiltrés, 2006), sous la direction de Martin Scorsese, il retrouve un rôle plus attendu de chef mafieux, tout en puissance et colère retenues, où il semble se mesurer à distance au De Niro des Parrains de Coppola...
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