2. La mise en œuvre
Jack London ne cessera d'afficher une conception mercantile de son métier et de s'imposer un travail forcé qui produira plus de quarante volumes à la cadence de mille mots par jour. Il n'en est pas moins un maître de l'imaginaire, et peut-être le seul « écrivain du prolétariat » (pour le citer) de la littérature américaine. Son expérience désordonnée revit au fil d'une œuvre inégale, dominée par la double exigence de décrire l'horreur d'une condition dont il veut libérer l'homme et de satisfaire un désir de fuite qui lui commande d'y échapper. Plus que dans ses essais et les articles qu'il donne à la presse socialiste, il impose la force de ses convictions dans The People of the Abyss (Le Peuple des abîmes, 1903), témoignage impitoyable sur les quartiers pauvres de Londres, et surtout dans The Iron Heel (Le Talon de fer, 1908), chef-d'œuvre de la science-fiction politique où, avec une lucidité saisissante, il anticipe la terreur nazie. Mais son capital le plus fructueux reste ses nombreux romans et nouvelles de l'Alaska ou de la mer, comme White Fang (Croc-Blanc, 1906), Love of Life and Other Stories (Amour de la vie, 1907), et The Sea Wolf (Le Loup des mers, 1904), dont plusieurs seront portés à l'écran. À partir de 1910, il tente de reconquérir la faveur d'un public qui lui échappe. Il écrit sans succès pour le théâtre et le cinéma naissant ; ses intérêts du moment pour l'agriculture, puis la psychanalyse, lui inspirent ses derniers romans, tous voués à l'échec, sauf John Barleycorn (Le Cabaret de la dernière chance, 1913), confession pathétique de sa lutte contre l'alcool. Ironiquement, c'est à son amour pour les animaux qu'il devra, après sa mort, l'ultime gloire de lancer une croisade contre le dressage des chiens savants lors de la publication de Michael, Brother of Jerry (Michael, chien de cirque) en 1917.
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