3. Naissance de la Beat Generation
En 1951-1952, dans le sillage du livre, Kerouac écrit un long texte expérimental, qui ne sera publié intégralement que vingt ans plus tard, en 1972 : Visions of Cody. Cody, c'est toujours Neal Cassady, aimé « comme un frère, comme un amant ». Kerouac, seul à New York, imagine son enfance dans l'Ouest désolé, avant de s'installer à San Francisco avec Neal et sa femme Carolyn. Des nuits durant, ils improvisent un « rap » avant la lettre, que Kerouac enregistre au magnétophone, puis retranscrit et « jazze » jusqu'aux franges du langage, là où commence le babil de l'inconscient, là où il part et parle en lambeaux. On pense au Finnegans Wake de Joyce, ou encore à un paysage américain qui serait passé de Hopper à Pollock et ses fresques allover (avec Sur la route), avant d'approcher quelque chose qui ressemble au pop art (en particulier Rauschenberg).
En octobre 1955, à San Francisco, Kerouac assiste, passablement ivre, à la lecture de Howl par Allen Ginsberg. En juin 1956, il est guetteur de feux à Desolation Peak, dans le Nord-Ouest. Publiés en 1958, Les Clochards célestes feront la chronique de ces années. Au printemps 1957, il rejoint par bateau, à Tanger, l'« internationale beat » partie rendre visite à Burroughs. L'été de 1957 est celui d'un voyage mémorable vers l'Ouest : trois jours en bus Greyhound, en compagnie de « Mémère », « le personnage le plus important de cette histoire » et de tout un capharnaüm de vieille femme qui ne jette rien (Les Anges vagabonds, 1965). Sur la route paraît enfin, en 1957 : la Beat Generation devient un phénomène médiatique qui fait la une de Life. Jack en est le héros. Il est interviewé, souvent ivre, à la télévision. Il enregistre ses Mexico City Blues (1959) accompagné d'Al Cohn et de Zoot Simms, ses saxos ténors favoris. Mais il supporte mal la surexposition qui menace de le transformer en « phénomène de foire ».
En 1960, il part à Big Sur, en Californie, dans le bungalow prêté par le poète Gary Snyder : dans un des plus beaux paysages de la côte Ouest, ce sont trois semaines de « terreur », à la lisière du delirium tremens (Big S […]
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