Les techniques agricoles traditionnelles n'assurent pas la régénération des sols. Il faut les laisser reposer faute de fumure suffisante ou de légumineuses fixant l'azote. En outre, les céréales, fondamentales dans les agricultures archaïques, viennent mal plusieurs années de suite sur la même parcelle (les rendements ne rémunèrent plus la semence). La jachère, abandon simple ou bénéficiant de légères façons culturales, intéresse toutes les régions du globe : bassin méditerranéen, Afrique aride et pluvieuse, Amérique, Inde. La nature du sol a aussi son importance, les sols acides s'épuisant le plus vite. Sur les sols marno-calcaires, la jachère ne dure qu'un an, chassée facilement par une fumure pourtant faible. En Europe, l'assolement triennal obligatoire avait institutionnalisé la jachère, une sole lui étant réservée chaque année, servant de parcours aux troupeaux. Universel jadis, encore répandu dans les campagnes archaïques, le repos temporaire du sol a donné lieu à des perfectionnements. La jachère morte consiste en un simple abandon du champ. En forêt tropicale, la jachère forestière dure de cinq à vingt-cinq ans après le brûlis. La jachère vive ou cultivée permet d'obtenir de faibles quantités de fourrages ou de grains médiocres (petit mil, fèves, pois chiches en Afrique). La jachère herbeuse, avec pousse d'herbes spontanées pâturées sur place, peut durer quatre ou cinq ans. Dans les régions d'hiver doux de la péninsule Ibérique elle forme un pâturage abondant. En Afrique sèche, on régénère la brousse par le feu pour avoir de l'herbe tendre. Le procédé de la jachère labourée, connu déjà à Rome, permet d'aérer le sol, de favoriser l'action des bactéries et le stockage de l'eau sous pluviométrie irrégulière.
Roger BÉTEILLE
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