3. L'essayiste
Outre de nombreuses nouvelles, parues dans les recueils Nouveaux Contes (Nove Pripovetke, 1945) et Visages (Lica, 1960), Andrić publie aussi des essais, parmi lesquels la Conversation avec Goya (Razgovor sa Gojom, 1935) occupe une place très importante, car l'auteur y exprime les principes mêmes de son œuvre : celle-ci comporte en elle-même la réponse à toutes les questions qu'elle pose, elle constitue à elle seule un monde qui a sa vie propre. Andrić donne pour finir sa conception de l'expérience humaine : « Toutes nos idées portent le caractère étrange et tragique des choses qui ont échappé à un naufrage. Elles portent en elles-mêmes les marques d'un autre monde oublié que nous avons quitté un jour, d'une catastrophe qui nous a menés jusqu'ici, avec la constante et vaine aspiration à s'adapter à ce nouveau monde [...]. C'est pourquoi la grandeur et la noblesse de la pensée sont toujours traitées en étrangères et en martyres. » Ainsi s'explique l'univers des nouvelles, univers de l'absurde dans lequel les personnages se heurtent sans cesse à la réalité sans pouvoir s'y soumettre.
Mais Andrić ne s'arrête pas à cette vision pessimiste de la pensée, et c'est avec espoir qu'il tente de définir, dans le discours qu'il fit lors de la remise de son prix Nobel (1961), le rôle et la mission de l'écrivain : « Le conteur et son œuvre ne servent à rien s'ils ne servent l'homme et l'humanité. » Il y a donc, malgré tout, une possibilité de communication.
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