5. Un lourd héritage
En mourant, Ivan le Terrible laissait à ses successeurs un lourd héritage. La postérité a pu trouver des justifications aux activités politiques du grand despote : expulser les Tatares de la moyenne et de la haute Volga, chercher une issue vers la Baltique, briser les grandes féodalités, tout cela correspondait effectivement aux nécessités nationales. On peut en dire autant de sa réforme de l'administration, faite pour augmenter l'autorité du pouvoir.
Mais, d'une façon paradoxale, l'effort d'Ivan IV pour mettre fin à la toute-puissance des féodaux devait avoir les conséquences les plus funestes pour la situation de la classe paysanne. Le morcellement inévitable des grands domaines et l'attribution de terres aux nouveaux « hommes de service » allaient entraîner une disparition de la commune libre et intensifier le rattachement des paysans à la glèbe.
Se sentant menacés dans leur liberté, les paysans cherchaient à se soustraire aux mesures gouvernementales en abandonnant leurs lopins de terre et en se dirigeant vers les régions éloignées où ils pouvaient espérer conserver leur ancien mode de vie. Le centre de la Russie commençait à se dépeupler, à se vider de sa substance. Et, chez les paysans restés sur place, le mécontentement ne cessait de grandir.
Suivant l'exemple de son contemporain, Henri VIII d'Angleterre, Ivan IV avait été marié huit fois. Il ne laissait que deux fils, seuls survivants de cette branche de la maison de Rurik qui avait étendu sa puissance de Moscou à la Russie entière : son successeur, Fédor, être débile, et le petit prince Dimitri, âgé de quatre ans. L'assassinat de Dimitri (1591) et la mort de Fédor (1598) devaient mettre un terme à la vieille dynastie et marquer le début de la « grande époque des troubles » qui allait mettre en danger l'existence même de la Russie.
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