Illustre dans les années 1970, puis oublié en France par la suite, le nom d'Ivan Illich demeure le symbole d'une pensée dont la fonction, stimulante et irritante, semble avoir été de prendre le contre-pied systématique des « vérités » qui constituent le fondement même de la modernité humaine. Illich marque le coup d'arrêt au progressisme productiviste comme postulat non critiqué et comme légitimation sûre d'elle-même de la conduite des sociétés industrielles contemporaines. Rarement une œuvre de pensée aura, en un délai si court, rencontré un tel écho (Libérer l'avenir, 1971 ; Une société sans école, 1971 ; Énergie et équité, 1973 ; La Convivialité, 1973 ; Némésis médicale, 1975 ; Le Chômage créateur, 1977). Il n'est pas étonnant qu'à l'occasion des débats que cette œuvre provocatrice a suscités à l'époque, des conjonctions inattendues aient conduit « conservateurs » et « progressistes » à dénoncer, à simplifier souvent, voire à ridiculiser la pensée d'Illich.
Cependant, la désaffection à l'égard de cette œuvre tient sans doute à d'autres facteurs : la critique de la société de production-consommation s'est banalisée, […]
