14. La monarchie libérale
• Les années difficiles
Le jeune royaume unitaire aspire à jouer un rôle de grande puissance, mais il souffre de lourds handicaps. La médiocrité de ses ressources minières et énergétiques ne lui permet pas de participer à la révolution industrielle, fondée sur la houille et la vapeur. Condamné à une économie essentiellement agricole, il dépend très largement de l'étranger pour ses crédits et ses fournitures d'équipement, en dépit d'un lent « décollage » industriel. Dans le domaine politique et social, la coupure s'agrandit entre le Mezzogiorno, encore féodal, et le Nord, qui se rapproche des pays développés. L'analphabétisme (74 p. 100 en 1861), l'étroitesse du suffrage censitaire (2 p. 100 de la population totale) mettent la vie politique aux mains d'une minorité, accessible à la corruption, et encore réduite par le veto pontifical interdisant aux catholiques de briguer des mandats parlementaires. Pie IX, qui a refusé la loi des Garanties, maintient ouverte la question romaine. La « droite historique » des successeurs de Cavour perd le pouvoir, le 18 mars 1876. Elle laisse la place à la gauche, formée d'anciens mazziniens et garibaldiens, fortement anticléricaux, ralliés à la monarchie. Elle prend le contre-pied de la ligne francophile et libre-échangiste de Cavour, restaurant, dès 1878, le protectionnisme douanier et, après l'occupation française de Tunis, adhérant à la Triplice aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche (20 mai 1882). Ce rapprochement avec Vienne impose de mettre une sourdine aux revendications des « irrédentistes », réclamant Trente et Trieste. De 1878 à 1887, Agostino Depretis gouverne en appliquant la tactique du trasformismo (« transformisme »), neutralisant et absorbant les oppositions par la corruption. Malgré le déficit financier, la gauche met en train un coûteux programme d'armement. L'augmentation démographique (26,04 millions d'habitants en 1861 ; 28,54 en 1875 et 31,5 en 1890) suscite les premières revendications d'expansio […]
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