4. Les ismaélismes contemporains
Compte tenu de l'histoire de l'ismaélisme, il est préférable de parler des doctrines ismaéliennes plutôt que de la doctrine ismaélienne. On peut néanmoins les répartir en deux grands ensembles : la doctrine ṭayyibite ou bohra, qui est issue de la doctrine fatimide, et la doctrine nizārite, qui présente une situation plus complexe du fait de la diversité des communautés qui s'y rattachent. La continuité entre la doctrine fatimide et la doctrine ṭayyibite est évidente, puisque les Bohras étudient toujours les œuvres des auteurs fatimides comme al-Kirmānī ou al-Qāḍī al-Nu‘mān.
Cela dit, si la doctrine fatimide reste la doctrine officielle des Bohras, le dā‘ī al-muṭlaq détient toujours une autorité absolue sur ses fidèles qui est en tout point calquée sur celle de l'imām caché. En réalité, aucun Bohra ne peut entreprendre quoi que ce soit sans son autorisation. Cette dépendance est scellée par le serment (mithāq) que prête tout fidèle vers l'âge de quinze ans, et qu'il renouvelle chaque année à l'occasion de la fête de Ghadīr Khum. En outre, les Bohras versent sept taxes obligatoires au dā‘ī, auxquelles s'ajoutent des taxes extraordinaires. Bien que les ablutions soient les mêmes que pour les sunnites, les Bohras prient à la manière shī‘ite. Comme pour les autres musulmans du sous-continent indien, le culte des saints tient une place importante dans leur pratique religieuse. Les Bohras célèbrent les principales fêtes musulmanes, sunnites et shī‘ites, et des fêtes spécifiques : ce sont les anniversaires des dā‘īs importants et du dā‘ī en fonction. C'est sans doute parmi les rites de passage que l'indianisation du rituel bohra est la plus apparente.
Chez les nizārites, l'isolement des communautés a favorisé un développement séparé de certains aspects des rites et de la doctrine, marqué par une tendance au syncrétisme plus ou moins accentuée suivant le milieu culturel local. À cet égard, le cas des Khojas est représentatif. Leur littérature religieuse est composée de gināns. Un
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