3. La danse du futur
Fondée d'avantage sur sa personnalité que sur une technique précise, la danse d'Isadora Duncan s'est voulue radicalement « autre ». Elle résulte d'un mouvement spirituel intérieur. Duncan aborde la danse à partir de l'intuition, elle insiste néanmoins dans ses écrits sur le fait qu'elle n'improvise jamais sur scène. Ses danses, très inspirées par des musiques qui ne sont – au départ – pas composées pour la chorégraphie (comme les Préludes de Chopin, la Septième Symphonie de Beethoven, La Marseillaise, les Valses de Brahms, les Danses allemandes de Schubert, Iphigénie en Aulide et Iphigénie en Tauride de Gluck ou la Bacchanale de Tannhäuser de Wagner), sont soigneusement préparées dans leurs moindres détails. Elle joue sur le rythme, met en valeur le rôle de la respiration et prétend que la source de tous les mouvements humains part du plexus solaire, au niveau du diaphragme. Les gestes de Duncan sont toujours naturels, harmonieux, très fluides, entretenus par un mouvement continu et soutenu par des contraintes physiques et dynamiques (élan, arrêt, abandon ou résistance à la gravité). Élémentaires, ils sont censés traduire les remous de la nature : houle, onde, vent, tempête... Duncan pense que le danseur est l'instrument d'une maïeutique qui redécouvre la nature profonde de la vie.
Pour cela, elle dégage définitivement la danse de tout code préétabli et poursuit, même si c'est illusoire, le fantasme de retrouver une unité corps-esprit. Ainsi, elle fonde ce qui sera l'essentiel de la danse moderne : un vocabulaire chorégraphique original et personnel, le refus de la convention, et la coïncidence entre un mouvement et une intention.
Pionnière de la chorégraphie moderne, Isadora Duncan fut aussi le chantre de l'émancipation féminine. Pour elle, qui espérait « transformer la vie jusque dans ses habitudes et dans ses mœurs », danse et vie se confondent. C'est au nom de la liberté du corps que la jeune femme déclenche, dès ses débuts, l'enthousiasme ou le scandale. Dan […]
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