2. Être une actrice
Dans le beau mouvement d'ensemble que dessine cette filmographie, il faut reconnaître l'empreinte, et presque la signature d'une actrice qui sait à la fois être l'objet des projections des cinéastes mais aussi, à travers eux, l'auteur de sa propre histoire.
L'intérêt d'Isabelle Huppert pour les artistes de toutes disciplines – Nathalie Sarraute, Pierre Soulages –, sous-tend une interrogation sur la créativité dont chaque rôle peut, chez elle, devenir le vecteur. Elle a également poursuivi sans cesse une forme de dialogue avec les plus grands photographes : Doisneau, Cartier-Bresson, Lartigue, Koudelka, Boubat, Jean-Loup Sieff, Marc Riboud ou encore Peter Lindbergh. Cet intérêt pour la création artistique est directement présent dans Malina où elle interprète une femme écrivain inspirée par le livre largement autobiographique d'Ingeborg Bachman, ou déjà dans Aloïse (1975) de Liliane de Kermadec, histoire vraie d'une jeune fille qui mit sa folie – et sa vérité – dans la peinture. Les femmes dont la vie est un véritable roman lui vont bien : La Dame aux camélias (1981, de Mauro Bolognini), Madame de Maintenon (dans Saint-Cyr, 2000, de Patricia Mazuy), et, au théâtre, Médée d'Euripide (mise en scène de Jacques Lassale, 2000), Orlando d'après Virginia Woolf (mise en scène de Bob Wilson, 1993) ou encore Jeanne au bûcher, oratorio de Honegger sur un texte de Claudel (mise en scène de Claude Régy, 1992). C'est également sous la direction de Claude Régy, en 2002, qu'elle donne voix à l'expérience de la folie et de l'incommunicable que relate 4.48 Psychose, de Sarah Kane. Mais même les personnages plus anodins (La Vie moderne, 1999, de Laurence Ferreira-Barbosa) ou les compositions proches de l'exercice de style (Huit Femmes, 2002, de François Ozon), font de sa part l'objet d'un réel engagement. Comme si chaque film était, pour Isabelle Huppert, une manière légère ou cruciale de répondre à la question : qu'est-ce que le métier d'actrice ?
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