Le principal objet de désir offert à une actrice reste encore aujourd'hui une certaine idéalisation de son image, et son plus beau rôle semble être de représentation. Isabelle Huppert en a choisi un autre : celui de comédienne en action, au travail. Avec une capacité inégalée à multiplier les expériences (entre Malina, 1991, de Werner Schroeter, et La Pianiste, 2001, de Michael Haneke, vingt films et plusieurs pièces de théâtre), elle a tracé un chemin fait d'exigence et d'inventivité, ne fuyant pas les feux de la célébrité, mais brillant d'abord par des qualités d'interprète qui lui ont valu la reconnaissance des cinéastes et du public. Longtemps jugée trop « intellectuelle », Isabelle Huppert a fini par réaliser son désir : ne pas plaire en tant que femme, mais en tant qu'actrice.
1. La part de l'ombre
Cette carrière peu ordinaire commence pourtant de la manière la plus traditionnelle qui soit. Isabelle Huppert est née à Ville-d'Avray en 1953. Après le Conservatoire d'art dramatique de Versailles, où elle a passé son enfance, celui de Paris, elle tient une série de petits rôles, parfois marquants (Les Valseuses de Bertrand Blier, 1974 ; Dupont-Lajoie d'Yves Boisset, 1975 ; Le Juge et l'assassin de Bertrand Tavernier, 1976). C'est La Dentellière (1977, d'après le roman de Pascal Lainé) de Claude Goretta, qui la révèle : dans le rôle d'une jeune fille sage, silencieuse et douce, mais dévastée par l'amour, elle se distingue par un jeu qui, sans cesser d'être expressif et sensible, ne cède jamais à la lisibilité, à l'évidence. Douée pour suggérer l'insaisissable, elle apparaît comme l'incarnation rêvée d'un mystère féminin, trouble mélange de fascination et d'effacement, de fragilité et de menace. Cela n'échappe pas à Claude Chabrol. Avec lui, elle sera Violette Nozière (1978), l'énigmatique criminelle des années 1930, et dix ans plus tard, dans Une affaire de femmes, une avorteuse condamnée à mort sous le régime de Vichy, puis une postière prête à faire le bien comme le mal dans La Cérémonie (1995) […]
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