Née à Dublin dans une famille anglo-irlandaise, Dame Iris Murdoch a vécu en Angleterre, à Oxford, où elle enseigna la philosophie dès 1948. En 1953, elle se fait connaître des milieux universitaires en publiant un ouvrage sur Sartre (Sartre : Romantic Rationalist), qui sera suivi, en 1970, par un essai sur les rapports de la morale et de la métaphysique : The Sovereignty of the Good.
En 1954, cependant, paraît son premier roman, Sous le filet, titre emprunté à celui qui fut son maître, le philosophe Ludwig Wittgenstein. Dans une conférence donnée en 1978 à l'université de Caen, après avoir examiné l'œuvre de Wittgenstein et des formalistes, citant au passage Kant et Hume à propos de l'idée de l'unité du moi, Iris Murdoch se penche sur les relations entre art et réalité, art et illusion, et affirme : « La littérature est dangereuse, c'est une sorte de magie [...]. L'art est une tentative pour atteindre la toute-puissance par le moyen de la fantaisie personnelle [...]. On peut dire que l'art est le producteur principal d'unités illusoires. » À commencer par celle qui lie l'auteur à son lecteur.
De roman en roman, depuis Le Séducteur quitté (1956) jusqu'au Message à la planète (1989), en passant par L'Élève du philosophe (1983) et L'Apprenti du bien (1985), Iris Murdoch n'a cessé d'explorer la relation de toute-puissance et d'abandon, de domination et de renoncement à soi qui s'établit entre le maître et l'élève, l'écrivain et son lecteur, le séducteur et sa victime. Le sujet le plus constant de cette œuvre est le rapport dangereux, à la fois désirable et incertain, qui relie l'enchanteur à ses proies consentantes. C'est en termes de magie qu'est décrit ce rapport. Des sentiments tels que le désir et la fascination intellectuelle sont montrés sous la forme d'une illusion par laquelle sont abusés les personnages et dont il leur faudra venir à bout pour que, enfin délivrés du pouvoir mystérieux qui les retenait captifs, ils puissent enfin devenir eux-mêmes.
L'enchanteur, élément à la fois de […]
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