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BRODSKI IOSSIF (1940-1996)

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3.  Un « troc d'empires » : l'exil aux États-Unis

Il laisse en Russie sa langue, ses lecteurs, ses parents, et Marianna Basmanova, dont il a un fils et à qui il dédiera un recueil (Nouvelles Stances à Augusta, 1983). Il devient Joseph Brodsky, « juif, poète russe et citoyen américain ». L'exil, à la fois essentiel et dérisoire, n'est qu'un « troc d'empires », un paysage autre et semblable. Pour Brodsky comme pour Vladimir Nabokov, le poète est par essence un exilé qui n'habite que le territoire anonyme de l'écriture. 

La langue anglaise est réservée à la « distance », aux essais, aux souvenirs, à la critique, elle est utilisée aussi pour la traduction de ses poèmes. Ces textes sont publiés dans des revues comme la New York Revue of Books, puis rassemblés : Less than one (1985), On Grief and Reason (1996). Modèles d'ironie lucide, de contrôle intellectuel et d'émotion contenue, ils sont le lieu d'une « désidéologisation » qui passe par l'attention aux pouvoirs du langage : analyses de poèmes où Brodsky confronte son travail à celui de ses maîtres ; méditations sur notre monde et ses incongruités ; retours sur le passé, et sur le sort que le siècle a réservé à ses amis et à ses parents.

À une jeunesse hasardeuse a succédé une maturité reconnue. Fixé à New York, Brodsky enseigne la poésie à des auditoires universitaires séduits ou perplexes. Il voyage, se rend chaque année à Venise. On le traduit. En 1987, à l'âge de quarante-sept ans, il reçoit le prix Nobel de littérature. Son « discours » constitue une profession de foi : la langue et la poésie, qui en est « le degré suprême », sont les seules valeurs de permanence et d'éternité, puisqu'elles manifestent la personne humaine dans son individualité. C'est en cela que « l'esthétique est mère de l'éthique ». Selon Brodsky le jury a voulu, à travers lui, rendre hommage aux poètes disparus d'une culture persécutée. 

Malgré les changements politiques survenus dans son pays, qui désormais l'honore de toutes les façons (lectures, colloques, publications), il choisit de ne pas rentrer, laissant ses textes revenir seuls dans leur ville et leur culture. Cardiaque depuis sa jeunesse, Brodsky meurt d'un arrêt du cœur en 1996. Il est enterré à Venise, analogue de Saint-Pétersbourg.

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