L'œuvre de Iossif Brodski a désormais pris sa dimension définitive. Le poète russe exilé aux États-Unis, qui fut en 1987 couronné par le prix Nobel de littérature, apparaît comme un des plus grands poètes de la seconde moitié du xxe siècle. À son œuvre poétique en russe est venu s'ajouter un important travail d'essayiste en anglais.
1. Une jeunesse à Leningrad
Iossif Brodski est né à Leningrad le 24 mai 1940, dans une famille juive assimilée de la classe moyenne. Très tôt il pratique « l'art de la distance » – refus du dressage et du discours vide dans « le pays le plus injuste du monde », en proie à l'« oppressante idiotie ». D'où un premier « acte libre » : quitter l'école pour vivre de petits travaux, tirant de ces errances une expérience immédiate de la Russie réelle, et un credo individualiste qui sera le sien toute sa vie.
Brodski affirme son appartenance à la « génération de 1956 », marquée par l'insurrection de Budapest, sans illusions sur l'idéologie, fascinée par un Occident réduit à des signes (jazz, cinéma), et pour qui la culture universelle est une urgence : « Ce fut la seule génération de Russes [...] pour qui Giotto et Mandelstam furent des impératifs plus vitaux que leur destin personnel. » Sur ce choix, le jeune Brodski engage sa vie et formule sa position esthétique et éthique. Il se mêle à la culture alternative de Leningrad, s'instruit en autodidacte, apprend l'anglais et le polonais, lit, traduit, écrit, récite ses vers que publie le samizdat, revue dactylographiée clandestine, cherche sa voix chez Marina Tsvétaïéva et chez un poète « poststalinien » des années 1950, Boris Sloutski. Il devient un familier d'Anna Akhmatova, qui l'encourage.
2. Procès, relégation, expulsion
Le premier « dégel » touche à sa fin. Les cercles littéraires officiels de Leningrad, voulant faire un exemple, dénoncent en Brodsky un « parasite social en marge de la littérature ». On lui intente un procès en parasitisme, et, en février 1964, il est incarcéré et jugé. L'accusation p […]
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