3. La pensée ionienne
• Les principes
Au livre A de la Métaphysique, Aristote a donné un résumé des doctrines de ses prédécesseurs, qui a servi de modèle à beaucoup de résumés successifs. Il faut savoir l'utiliser avec précaution. Aristote a repensé les doctrines avec des mots et des concepts forgés par lui-même. Inspiré par sa propre théorie des quatre causes, il travaille avec le souci de découvrir chez les plus anciens un pressentiment de celles-ci, en commençant par la plus facile à découvrir, la cause « matérielle ». Or la matière d'Aristote est chose différente de ce qu'un post-cartésien ou post-lavoisien appelle la « matière ». Quant aux plus anciens, ils n'en possédaient même pas le mot. Ils ne connaissaient pas davantage la « substance », ni même l'usage parménidien de l'« être ». Leur usage technique d'un terme Archè signifiant le « principe » reste lui-même incertain. Pourtant, ils avaient bien conçu « quelque chose » existant « tout à fait au commencement », possédant dignité supérieure et rang suprême, et la richesse et la force au superlatif. Tous ceux dont nous parlons – Thalès, Anaximandre, Anaximène, Héraclite – semblent s'accorder pour la concevoir unique, même s'ils lui donnent des noms différents et la figure d'une autre espèce cosmique. Ils la font « non née », « non périssable », immense et perdurable : toutes les autres choses poussent à partir de celle-ci. En bref, ils la dotent de propriétés supérieures aux honneurs des dieux de la tradition. Le terme de Physis désignerait la poussée quasi végétale de toutes choses à partir de leur commune racine. En ce sens, ces sages sont des physiciens.
Sur le fond commun, les différences se précisent. Pour Thalès, le principe est l'Eau ; pour Anaximène, l'Air ; pour Héraclite, le Feu. Pour Anaximandre, encore une autre chose, à laquelle il a réservé l'usage original d'un terme signifiant « sans limite », Apeiron. Ont-ils fait exprès de se singulariser chacun avec un nom différent, et la figure de telle espèce cosmique ? Anaximandre, quant à lui, se référait à la vastitude d'une chose inimaginable, riche de toutes les autres.
On comprendra m […]
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