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INTUITION

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2.  Les étapes majeures d'une philosophie de l'intuition

  La tradition de l'intuition intellectuelle

Cette tradition se laisse suivre, dans sa formation et ses développements, depuis la pensée antique, platonicienne et aristotélicienne, jusqu'à la pensée classique, dominée par les vues cartésiennes. Malgré la variation du thème, on peut marquer certaines dominantes : le rationalisme idéaliste, dont il est question, sépare nettement l'intuition intellectuelle, opération du νο̃υσ (nous) ou de la pensée pure, de l'intuition sensible, de l'ἀισθησις (aisthésis), bien qu'elle attribue à l'une et à l'autre un caractère surtout réceptif ; l'intuition intellectuelle est contemplation, rencontre et déploiement d'une évidence qui se donne à la pensée humaine. Il faut ajouter qu'elle contrôle le discours, de sorte que l'évidence et la démonstration ne sont pas deux genres autonomes de connaissance, mais que la seconde a surtout pour rôle de rendre la première plus explicite.

La doctrine aristotélicienne du savoir porte à un très haut degré la solidarité des composantes de celui-ci : l'expérience sensible signale ou annonce l'idée, dont la noèsis prend possession, et dont la déduction développe les implications. Dans l'économie du savoir, l'intuition intellectuelle a le rôle initiateur, elle fournit à la fois les points de départ et l'orientation de l'opération rationnelle : elle est la puissance des axiomes, des certitudes sans lesquelles la pensée n'aurait pas de garantie sur la vérité de ses concepts ; mais de plus elle contrôle et englobe le mouvement même du discours. Le syllogisme est le procédé logique qui coordonne les termes extrêmes par l'intercalation des termes moyens, mais ce faisant il déploie l'évidence des raisons, il explicite le pouvoir de l'essence qui lie les propriétés dépendantes à la substance. Il faut se placer hors de cette puissante synthèse aristotélicienne pour trouver des motifs de rupture entre l'évidence intellectuelle, l'expérience et le discours. Ainsi dans la tradition

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BERGSON HENRI (1859-1941)

Écrit par :  Camille PERNOT

Dans le chapitre "L'intuition"  : …  *L'intelligence, en effet, n'est pas la seule forme de la pensée. Il existe d'autres facultés de connaissance, déposées également par l'évolution de la vie, qui se rapportent directement à la réalité : l'instinct et l'intuition. L'instinct est comme une intuition qui aurait tourné court et l'intuition comme un instinct qui se serait intensifié et… Lire la suite
CONCEPT

Écrit par :  Jean LADRIÈRE

…  qu'il y a essentiellement, dans l'être humain, deux modes de connaissances de la réalité, *l'un qui porte directement sur le concret, saisi dans sa singularité, l'autre qui n'atteint le réel qu'à travers des déterminations de caractère abstrait (séparées des individus concrets en lesquels elles peuvent éventuellement se trouver réalisées… Lire la suite
CONNAISSANCE

Écrit par :  Michaël FOESSELYves GINGRASJean LADRIÈRE

…  mené de telle manière que les impressions sensibles laissent peu à peu place au raisonnement puis à* l'intuition intellectuelle. L'âme doit s'affranchir de l'influence perturbatrice du corps pour retrouver la vérité qu'elle connaît de toute éternité parce qu'elle est de même nature qu'elle. Toute connaissance au sens fort est donc pour elle une… Lire la suite
DESCARTES RENÉ (1596-1650)

Écrit par :  Ferdinand ALQUIÉ

Dans le chapitre "Découvrir la vérité"  : …  , de la synthèse, et du dénombrement. Trois notions dominent tout cela : celles *d'intuition, de déduction et d'ordre. L'intuition, base et fondement de la connaissance, présente chaque terme et permet de l'apercevoir. La déduction (appelée parfois inférence, et même induction) permet de passer d'un terme à l'… Lire la suite
EXPÉRIENCE

Écrit par :  Pascal ENGEL

Dans le chapitre "Le transcendantal et l'expérience possible"  : …  a priori, non dérivables de l'expérience elle-même. Ce sont, d'une part, les formes a priori de l'*intuition sensible, l'espace et le temps, objets d'une esthétique transcendantale, et, d'autre part, les concepts ou catégories de l'entendement, et l'ensemble des principes, objets d'une analytique transcendantale. Pour Kant, le fait que certains… Lire la suite
FICHTE JOHANN GOTTLIEB (1762-1814)

Écrit par :  Alexis PHILONENKO Universalis

Dans le chapitre "L'intuition intellectuelle"  : …  « Dans la terminologie kantienne, déclare-t-il, toute intuition s'applique à un être. [...] *L'intuition serait ainsi la conscience immédiate d'un être non sensible, la conscience immédiate de la chose en soi. » Or « l'intuition intellectuelle au sens kantien est une monstruosité » ; la véritable intuition intellectuelle est le savoir du moi… Lire la suite
IDÉALISME

Écrit par :  Jean LARGEAULT

Dans le chapitre "Kant : la métaphysique ramenée à une épistémologie"  : …  n'a de valeur qu'appliqué à une matière qu'on doit chercher dans l'expérience. Cette matière, l'*intuition empirique la donne. Là-dessus, l'obscurité du texte de Kant justifie les critiques de Schopenhauer (Le Monde comme volonté et comme représentation, 1859, Appendice). L'objet de l'intuition diffère de l'intuition elle-même, il est… Lire la suite
ILLUMINISME

Écrit par :  Étienne PERROT

Dans le chapitre "Illuminisme et sciences traditionnelles"  : …  de connaturalité entre la chose signifiée et celui qui en est le bénéficiaire. Il s'ensuit que l'*intuition philosophique ou spirituelle joue un rôle constant chez les illuministes. Bien qu'elle ne fasse pas nécessairement appel à des souvenirs et que l'inconscient conserve un dépôt précieux, sorte de trésor dans lequel il convient de plonger,… Lire la suite
INSIGHT, psychologie

Écrit par :  Jean-François RICHARD

… *Terme anglais dont la meilleure traduction en français serait « intuition » (si le sens étymologique de ce dernier mot n'était recouvert par tout ce que lui a ajouté la tradition philosophique) et qui désigne le phénomène de découverte soudaine de la solution dans une situation-problème après une période plus ou moins longue de tâtonnement. Les… Lire la suite
JACOBI FRIEDRICH HEINRICH (1743-1819)

Écrit par :  Valerio VERRA

Dans le chapitre "Le savoir intuitif : l'intellect et la raison"  : …  la connaissance médiate, discursive, démonstrative, et la raison comme faculté de la connaissance *intuitive du suprasensible et du spirituel. L'intellect occupe alors une position intermédiaire entre deux sortes de connaissance immédiate et indémontrable, l'une ayant pour objet le sensible, l'attribution à l'être humain d'une connaissance… Lire la suite
KANT EMMANUEL (1724-1804)

Écrit par :  Louis GUILLERMIT

Dans le chapitre "L'espace et le temps, formes de la sensibilité"  : …  nous pouvons déterminer comme objet de notre connaissance. Ces formes de la sensibilité sont des *intuitions pures puisqu'elles sont les conditions a priori de possibilité de nos intuitions empiriques, c'est-à-dire de nos sensations. Ainsi s'explique que les mathématiques puissent y exhiber, y construire des concepts sans recourir à l'expérience… Lire la suite
MATHÉMATIQUES ENSEIGNEMENT DES

Écrit par :  André REVUZ

Dans le chapitre "Développement de l'activité de l'esprit"  : …  commis. Le rôle de la rigueur en mathématiques en est un bon exemple. On oppose souvent rigueur et *intuition comme des activités antagonistes, et l'on admet trop aisément que la rigueur peut être enseignée, tandis que la richesse de l'intuition est un don des dieux qu'on ne peut provoquer. C'est oublier qu'une rigueur qui n'a pas à tester les… Lire la suite
MATHÉMATIQUES FONDEMENTS DES

Écrit par :  Jean Toussaint DESANTI

Dans le chapitre "La rénovation de l'analyse"  : …  supprimé, au moins dans la théorie des fonctions, tout recours aux raisonnements fondés sur un appel à l'*intuition géométrique. De plus, il était exigé que les concepts les plus complexes de l'analyse fussent édifiés à partir d'un matériau initial suffisamment pauvre pour pouvoir être aisément dominé (le système des entiers naturels). Par là… Lire la suite
NATURE PHILOSOPHIES DE LA

Écrit par :  Maurice ÉLIE

Dans le chapitre "Physique et philosophies de la nature"  : …  d'expérience [et] la science de la nature proprement dite suppose la métaphysique de la nature ». *Quatre ans plus tard, dans La Critique de la faculté de juger, il formule l'hypothèse d'un « entendement intuitif » qui n'aurait pas d'autre objet que le réel. Et il affirme que « nous pouvons aussi concevoir un entendement qui, parce qu'il… Lire la suite
PHÉNOMÉNOLOGIE

Écrit par :  Renaud BARBARASJean GREISCH

…  d'un point de vue empirique de Franz Brentano, en qui Husserl reconnaît un précurseur),* l'intuition catégoriale, qui exige d'élargir le domaine de l'intuition au-delà de la sphère de l'expérience sensible, et qui conduit au « principe des principes » de la phénoménologie : l'intuition donatrice originaire comme source ultime… Lire la suite
RAISONNEMENT

Écrit par :  Robert BLANCHÉ

Dans le chapitre "Raisonnement, intuition et calcul"  : …  Le raisonnement est une opération discursive (discurrere, courir çà et là) et *se distingue ainsi de l'intuition (intueri, voir), qui est la saisie immédiate et globale d'un objet de pensée. Toutefois, on l'a dit, l'intelligence d'un raisonnement présuppose l'intuition de la relation illative : je puis, par le raisonnement, faire… Lire la suite
RÉALISME, mathématique

Écrit par :  Hourya BENIS-SINACEUR

Dans le chapitre "Accès à la réalité idéelle"  : …  Mais quel est l'accès au monde idéel objectif supposé par le réaliste ? *Pour les conceptualistes stricts, tels Bolzano et Frege, l'intuition n'est d'aucun secours. Pour Bolzano, le concept est la matière de la proposition en soi, sa signification objective, qui reste fluide et n'est pas hypostasiée en objet. Aussi le concept, qui est… Lire la suite
RECHERCHES LOGIQUES, livre de Edmund Husserl

Écrit par :  Francis WYBRANDS

Dans le chapitre "La critique du psychologisme et le « retour aux choses mêmes »"  : …  au relativisme, voire au scepticisme que le philosophe, jusqu'à la fin, ne cessera de combattre. *Si la méthode ici dégagée et mise en œuvre s'affirme comme « radicalement intuitive », l'intuition ne saurait toutefois être rapportée à un donné empirique quelconque. La « chose même » à laquelle il faut faire retour, est le sol du « vécu »… Lire la suite
SCHELER MAX (1874-1928)

Écrit par :  Daniel CHRISTOFF

Dans le chapitre "Phénoménologie et connaissance"  : …  « réduction » un dépassement spirituel de la vie et transforma la phénoménologie en réflexion sur *l'intuition irrationnelle, en « vision des valeurs », en philosophie des hiérarchies ontologiques. Sa conception de la connaissance est inséparable de celle de l'être : d'abord toute au service de la vie, la connaissance se limite aux faits ; elle ne… Lire la suite
SENTIMENT

Écrit par :  Olivier REBOUL

Dans le chapitre "Qu'est-ce qu'un sentiment ?"  : …  totalement l'idée qu'on exprime, qu'on la porte avec son corps et ses mouvements les plus intimes. *Le sens d'intuition, de « pressentiment » est un peu différent ; on retrouve ici le « cœur » de Pascal, cette évidence indiscutable bien qu'indémontrable ; en fait, tout sentiment (expérience esthétique, honte, amitié) comporte ce caractère… Lire la suite
SUPRÉMATISME

Écrit par :  Andréi NAKOV

Dans le chapitre "Suprématisme et avant-garde"  : …  occidentaux soit-il – a des résonances. Ainsi, dans son manifeste, insiste-t-il sur la force de l'*intuition qui au même moment trouvait une consécration dans la philosophie bergsonienne et dans les textes de Benedetto Croce. Animé par la rage mallarméenne, Malevitch s'attaquera à la « sereine ironie de l'éternel azur » du poète français et s'… Lire la suite
TOTALITÉ

Écrit par :  Emmanuel LÉVINAS

Dans le chapitre "Le tout dans l'intuition"  : …  *Il est très remarquable que, dans la perception, le perçu se groupe immédiatement en choses multiples et séparées, se suffisant, en quelque façon, à elles-mêmes, en totalités, indépendantes les unes des autres, dont les psychologues de la Gestalt, notamment, ont souligné l'irréductibilité. Chacun de ces « touts » intuitifs appartient… Lire la suite

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