2. Relation à deux et présence du tiers
Cette fragilité de l'intimité révèle en fait son essence. Idéalement, elle est le fait de deux individus, même si ce chiffre est susceptible d'extension puisqu'il est légitime d'évoquer l'intimité de la vie familiale. Il reste, selon le propos de Simmel, que la vie quotidienne montre combien le nombre circonscrit à deux individus confère un sort spécifique à certaines relations : « un sort commun, une entreprise, un accord, un secret partagé à deux lient chacun des participants bien autrement que s'ils ne sont même que trois ». Nous retrouvons ici l'accord impromptu entre la sociologie dite de « terrain » et la sociologie formelle ou théorique. Le même Simmel dans un premier temps insiste sur les implications du chiffre deux dans une relation et, à partir de là, aborde le phénomène de l'intimité. Il en tire une première conclusion explicite qui demeure implicite dans les enquêtes de terrain – comme celles menées par Jean-Claude Kaufmann. Quel est le facteur commun à ces deux approches ? C'est la présence indésirable du tiers. Pour Simmel, et nombre de ceux qui s'inspirent de sa démarche, la spécificité sociologique de l'intimité consiste dans le fait de ne pas constituer une unité supérieure à ses éléments individuels, dans le fait de proscrire la présence du tiers. Des phénomènes institutionnels comme le mariage ou le Pacs interviennent pour consacrer ce caractère sociologique fondamental des relations à deux : l'absence d'unité supra-individuelle, c'est-à-dire l'absence de tiers. Les relations de voisinage, par la proximité physique qu'elles induisent, se présentent comme une menace pour l'intimité. Par son intrusion possible dans un espace qu'il investit parfois sans résistance et parfois sans arrière-pensées, le voisin se fait témoin et cette apparente neutralité peut tourner vite à l'évaluation et à l'imposition de normes difficilement acceptées : les deux dérivations de cette attitude sont également rejetées au nom de l'intimité ; […]
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