3. Résultats des interventions
Cet examen ne serait pas complet si l'on ne tentait une évaluation rapide des résultats acquis. En premier lieu, il est incontestable que les méthodes centrées sur les individus obtiennent un certain succès, surtout s'il est mesuré par le changement des attitudes et des valeurs exprimées par les sujets qui en ont fait l'expérience. De plus, dans les organisations auxquelles ils appartiennent, les sujets encouragent souvent les attitudes qu'ils ont appris à valoriser du fait des « interventions ». Mais les effets semblent plus limités sur le plan de la transformation des structures de l'organisation, cette dernière n'étant que le but ultime et indirect. Il faudrait donc juger à cette aune les approches qui se proposent précisément de modifier la structure et les modalités de travail de l'organisation dans sa totalité. Or, ces opérations s'étendent sur des périodes très longues et il est donc difficile d'évaluer vraiment leur contribution, d'autant plus qu'une multiplicité de facteurs y est en jeu. Une méthodologie plus fine de l'évaluation des résultats acquis grâce à ces interventions est actuellement prônée (D. T. Campbell, 1971), mais ses applications sont encore peu nombreuses.
En ce qui concerne les soubassements théoriques destinés à fonder ces méthodes et à rendre compte des résultats de leur application, on peut souligner que les pratiques d'intervention ont mis plus souvent en application des notions dérivées de la psychologie sociale et de la psychanalyse que des concepts élaborés par la sociologie des organisations. Un certain fossé subsiste donc entre les recherches effectuées par les sociologues et les remèdes que sont venus apporter des praticiens ayant une orientation plus clinique et une formation plus psycho-sociologique. Ce n'est pas sans raison que C. Argyris a pu dire encore récemment (1972) que les théories sociologiques de l'organisation les plus courantes acceptaient implicitement le statu quo de leur objet et méconnaissaient la volonté de changement des individus et des institutions. Pour lui, le sociologue tend à recréer, chez le « système-client », une attitude passive à l'égard du savoir de l'expert, attitude qu'il conviendrait précisément de dépasser (cf. J. Guirou, Critique des systèmes de formation, 1972). Les réflexions critiques sur l'abolition possible de la distinction entre connaissance et praxis sociales, que K. Lewin et ses disciples avaient développées dans les années cinquante autour de la notion de « recherche-action » et de la relation de consultation, n'avaient d'ailleurs pas d'autre but. Le sociologue se trouve confronté encore aujourd'hui au même problème, s'il veut rendre utile sa discipline.
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