3. L'intériorité soupçonnée et la subjectivité désavouée
• Au commencement, Hegel
La crise de l'intériorité, trait capital de la pensée contemporaine, a des causes multiples : contestations, redoublées à partir du xviiie siècle, d'une conception chrétienne de l'homme et doute notamment sur la possibilité d'un passage à la transcendance à partir d'une intériorité et d'une subjectivité personnelles ; mouvements révolutionnaires qui invitent à considérer les destinées individuelles comme maigres et courtes par rapport aux grands destins collectifs et à chercher du côté du peuple ou de la nation, de la classe ou de l'humanité, les sujets substantiels d'une histoire qui va se dramatisant ; poussées, en contrecoup des effervescences communautaires et non sans rapport avec l'essor des sciences biologiques, d'une idéologie romantique qui croit avoir trouvé dans l'inépuisable vie, dont le sujet individuel humain n'est qu'un épisode superficiel et éphémère, la source originelle de toutes les productions de la nature et de toutes les créations de l'histoire. L'intériorité ne peut manquer alors d'apparaître comme une illusion et un alibi ; à la subjectivité de la conscience personnelle se trouvera substituée une autre sorte de subjectivité – élan vital ou génie de l'histoire – que les philosophies de l'intériorité classique tenaient pour une figure mythique. Ainsi, à la faveur d'une poétique de la nature et de l'histoire, se trouve ressuscité le Grand Pan, fatal pour l'intériorité.
De cette résurrection, Hegel est, dans l'ordre philosophique, le témoin, l'acteur, l'auteur. Avec lui commence une certaine façon de philosopher contre l'intériorité qui a fait de nombreux disciples, mais dont aucun n'a égalé le génie et la passion de l'initiateur et dont les effets sont loin d'être épuisés. L'idée si commune aujourd'hui que l'esprit, le sujet ou le « pour soi » excèdent tout donné par leur puissance de négativité mais qu'ils n'accèdent à la vérité et à la réalité que dans l'univers objectif […]
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