1. Aux origines du thème de l'intériorité
• Une alternative radicale
Il n'est pas d'homme qui ne possède, invincible, le sentiment que son corps et ces prolongements de son corps que sont ses paroles et ses actes constituent l'envers extérieur d'une réalité qui est la sienne propre dont lui est offert, dans la veille et même dans le rêve, une intuition immédiate radicalement incommunicable en tant que telle à autrui et qu'on dira intérieure ou subjective. Cette antithèse d'un dehors et d'un dedans fait une métaphore fallacieuse qui invite à imaginer l'intérieur comme l'en-deçà d'une frontière ou un espace cerné par une clôture, et c'est parler de l'intériorité dans le langage de l'extériorité. D'où, pièges du langage, ces représentations matériellement dualistes qui cassent l'homme en deux, ou plutôt établissent deux hommes dans l'homme, l'un visible, vulnérable, chose parmi les choses, l'autre invisible à tous, sauf à lui seul, le regard intérieur suscitant un objet intérieur, notion peut-être contradictoire, l'homme invisible existant caché sous l'homme visible comme le corps sous le vêtement ou le visage sous le masque. Mais alors l'intériorité serait l'extériorité de l'extériorité, autre forme de la même et absurde contradiction. Le retour réflexif à l'expérience vécue congédiera ces imaginations infraphilosophiques qui, sous prétexte de mettre à part l'intériorité, lui donneraient le statut d'une chose. En vérité, l'homme extérieur et l'homme intérieur font un seul et même homme qui est à la fois et à chaque instant objet dans le monde et sujet pour lui-même. Cette existence, objective et subjective, double et une à la fois, constitue le paradoxe fondamental de la condition humaine. On peut considérer ce paradoxe comme le fait philosophique par excellence, qui est, a été et sera source d'une escalade d'interrogations, déséquilibrant sans cesse la pensée philosophique et lui interdisant de s'assurer elle-même dans la sécurité d'un système.
En se saisissant comme intérie […]
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