L'Institut national d'études démographiques (I.N.E.D.) est le plus grand institut de recherche démographique au monde par le nombre de ses membres (162 en 1999, dont 60 chercheurs) et, depuis la réforme de son statut en 1986, le plus petit établissement public à caractère scientifique et technique de France. Ce paradoxe français a des raisons historiques. Né en 1945, au moment du premier essor des sciences sociales, l'I.N.E.D. occupe dans le système de recherche français une position originale sinon exceptionnelle : comme l'Institut national de la statistique et des études économiques (I.N.S.E.E.) ou comme l'Institut national de la recherche agronomique (I.N.R.A.), il n'est pas un institut universitaire, mais un organisme public placé sous la tutelle d'un ministère. Cette tutelle, d'abord exercée par le ministère de la Santé publique puis par celui des Affaires sociales et maintenant par celui de l'Emploi et de l'éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, n'a pas empêché l'institut de conquérir au fil des années son autonomie ni de développer librement ses recherches et ses travaux.
1. Le premier I.N.E.D. (1945-1962)
La création de l'I.N.E.D. en 1945 n'a pas résulté d'un plan préalable mais, comme l'a écrit Alfred Sauvy, « de diverses circonstances qui ont rempli l'année 1945 ».
Il s'agit d'abord de l'héritage de Vichy, constitué notamment par la Fondation française pour l'étude des problèmes humains. Créée par une loi du 17 novembre 1941 comme établissement public de l'état, celle-ci avait reçu pour mission d'« étudier sous tous les aspects les mesures propres à sauvegarder, améliorer et développer la population française » ainsi que de « synthétiser les efforts poursuivis en dehors d'elle ou dans son sein et développer la science de l'homme » (Cahiers de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains, 1,9). La suspension d'Alexis Carrel le 21 août 1944 de ses fonctions de régent de la Fondation avait posé le problème de la survie d'un organisme qui […]
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