6. Les activités vides et le jeu
Le modèle que l'on vient de décrire permet de mieux comprendre deux phénomènes fondamentaux, qui plaident apparemment l'un et l'autre en faveur de l'existence d'une énergie potentielle d'origine endogène : les activités vides et les activités de déplacement. Le principe de base de la méthode de quantification double revient, en gros, à admettre qu'à l'intérieur de certaines limites, la réaction normale est une constante dont les deux facteurs sont l'intensité de la motivation et l'intensité de la stimulation spécifique. Si l'on envisage uniquement le cas d'une énergie de motivation très élevée, on peut admettre, selon la même formule, que la composante stimulatoire peut éventuellement se réduire à zéro. C'est effectivement ce que l'on observe dans les activités vides qui se présentent comme des « explosions » instinctives en l'absence de tout stimulus extérieur.
Lorenz cite à ce propos (1937) l'exemple d'un étourneau captif qui manifestait toute la séquence des activités de prédation, bien qu'aucun insecte ne fût présent dans son champ sensoriel ; tous les mouvements typiques, depuis le guet jusqu'à la déglutition, étaient exécutés exactement comme si l'oiseau avait véritablement manipulé une proie. De nombreux exemples du même phénomène ont été donnés par d'autres auteurs. Toutefois, Bierens de Haan (1937) et après lui Armstrong (1950) ont justement fait remarquer qu'il n'est légitime d'admettre l'existence d'activités vides que si l'on est sûr qu'aucun stimulus n'est agissant au moment où elles se produisent. L'explosion instinctive correspond sans nul doute à un abaissement notable du seuil des réactions, mais cet abaissement est-il tel qu'aucun déclencheur ne soit plus nécessaire ? D'autre part, il n'est jamais possible, comme le note Armstrong, d'établir l'absence totale d'une stimulation extérieure. Commentant les observations de Lorenz sur l'étourneau captif, Bierens de Haan se demandait si l'oiseau n'avait pas simplement réagi aux mouvements de particules […]
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