3. La mort inscrite dans l'œuvre
La dernière décennie de sa vie sera consacrée à un grand projet romanesque auquel elle a commencé à travailler dès 1962, Studie aller möglichen Todesarten (Études sur les différentes façons de mourir). De ce projet, seule « l'ouverture » de la trilogie, Malina, achevé en 1970, paraîtra de son vivant. Au cours de son élaboration, Bachmann change de nombreuses fois d'approche. Après un voyage en Égypte, en 1964, elle s'attaque au premier Todesarten-Roman (publié après sa mort sous le titre de Der Fall Franza/Franza, 1985). L'année suivante, elle écrit des fragments d'un autre roman, Wüstenbuch dont la thématique est étroitement liée à Franza et au discours qu'elle prononcera à l'occasion de la remise du prix Büchner Ein Ort für Zufälle (1963, publié en français dans Berlin, lieu de hasards, 1987). Provocant, bien qu'apparemment apolitique, ce texte évoque indirectement la situation du Berlin des années 1960, en décrivant l'enfermement d'un malade qui vit dans sa chair et dans son âme la décomposition dévastatrice de la ville. Dans ce texte de structure expérimentale, les frontières entre le Moi, l'hôpital et la grande ville s'effacent. Seule règne la violence : celle de la société de consommation naissante, celle des stigmates d'un passé toujours présent.
En 1966, l'écrivain abandonne la rédaction du roman Franza et interrompt son travail sur un autre manuscrit, Requiem für Fanny Goldmann. Au cours des années suivantes, elle achève la rédaction de Malina, écrit plusieurs nouvelles réunies sous le titre de travail générique Wienerinnen (Viennoises) dont certaines paraîtront en 1972 dans le volume Simultan (Trois Sentiers vers le lac, 2006). Le récit – achevé de son vivant – Gier (Avidité) reste dans ses tiroirs, ainsi que les fragments du roman Goldmann/Rottwitz.
Ingeborg Bachmann a laissé un grand nombre de manuscrits, de fragments dont certains ont été publiés à titre posthume, de journaux intimes, et une importante correspondance encore in […]
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