2. Paul Celan, Hans Werner Henze, Max Frisch
L'œuvre de Bachmann et celle de Celan entretiennent un dialogue constant, dense, intense, crypté, dans lequel tout est signe et tout fait sens : un univers de mots, de poèmes qui se répondent et laissent deviner tout un réseau de correspondances. Dans la Vienne de ces années-là, se revendiquer d'une tradition juive est très problématique, revendiquer une identification à cette tradition l'est tout autant. Pour Ingeborg Bachmann, la voie est semée d'embûches. Écrire après Auschwitz, exposer un « Je » féminin représentaient une gageure qui frisait l'impossible.
Les écrivains allemands du Groupe 47 qui l'invitent en 1952 lui décernent dès l'année suivante leur prix. Ses poèmes – Die gestundete Zeit (Le Temps en sursis) – paraissent la même année. Ils sont unanimement salués par le public et la critique qui voit en elle « la » représentante de la jeune littérature allemande.
En 1953, Ingeborg Bachmann quitte l'Autriche pour l'Italie, l'île d'Ischia d'abord, où réside le compositeur Hans Werner Henze, puis Rome qui sera sa résidence privilégiée jusqu'à sa mort. Elle y écrira la plupart des poèmes qui paraîtront en 1956 sous le titre Anrufung an den grossen Bären (Incantation à la grande ourse) et des pièces radiophoniques dont Die Zikaden (Les Cigales, diffusée en 1955 avec une musique de H. W. Henze). Elle ne cessera jamais d'écrire des poèmes, dont certains comme La Bohême est au bord de la mer comptent parmi les plus beaux, mais ne les publiera plus en recueil. Désormais, ses principaux travaux seront en prose, l'amenant à renoncer à l'écriture métaphorique pour une forme plus dépouillée.
De son amitié avec Hans Werner Henze naît une collaboration artistique fructueuse : Bachmann écrit les poèmes des Nachtstücke und Arien (Nocturnes et arias, 1957), il compose la musique pour ses pièces radiophoniques, en particulier Der Gute Gott von Manhattan (première diffusion en 1958) pour lequel elle obtient le prix des Aveugles de guerre en 1959. À cett […]
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