3. L'ADN, programme ou données ?
Les gènes étaient autrefois définis de façon formelle sans qu'on en connaisse la nature, à partir de l'observation de transmissions héréditaires de caractères, qui constituent en effet des processus génétiques au sens traditionnel du terme, c'est-à-dire des processus de genèse des organismes à partir de ce qui les produit, comme un effet est produit par sa cause où, comme disait Aristote, « le père est cause de l'enfant... ce qui produit le changement [est cause] de ce qui est changé » (Physique, II, 3).
Or aujourd'hui, connaissant la structure physique des gènes, nous sommes dans une situation curieuse (et apparemment paradoxale si l'on ne s'en tient qu'au langage) où nous devons admettre que le processus génétique ne se trouve pas dans le gène. Le paradoxe n'est qu'apparent dès qu'on réalise que le gène n'est pas un processus, puisque c'est une molécule. La structure moléculaire statique du gène joue certes un rôle déterminant, mais comme élément d'un processus de production qui implique par ailleurs d'autres molécules et surtout un ensemble de réactions, de transformations physiques et chimiques, entre ces molécules. Le rapport traditionnel entre structure et fonction a changé de nature. Une structure non vivante, celle d'une molécule, est responsable de fonctions qu'on percevait autrefois comme des fonctions vitales. On a bien du mal aujourd'hui à se débarrasser de la connotation vitaliste attachée à la notion même de fonction, alors qu'on envisage pourtant le rôle de structures moléculaires. En un mot, le gène n'est pas vivant et il est encore censé expliquer la vie. À tel point que beaucoup de non-spécialistes ne peuvent pas se résoudre à admettre qu'un gène n'est qu'une molécule.
Si l'on admet, comme on le dit trop vite, que le génome, ensemble des gènes, contient le secret de la vie, et qu'en conséquence la découverte de chaque gène dévoile un peu plus de ce secret, alors il est en effet bien difficile de comprendre en même temps qu'un gène est une mo […]
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