2. Les pôles de résistance du pouvoir masculin : l'espace public et l'espace privé
À l'opposé du mouvement que nous venons d'évoquer, on a assisté au maintien d'inégalités traditionnelles entre hommes et femmes, entraînant par là même une stagnation de la situation des femmes. On peut repérer deux points forts de résistance de la domination masculine. D'abord au sein de l'espace public, où les hommes continuent à monopoliser l'essentiel des positions de pouvoir. Les débats autour de la parité politique ont permis de souligner l'inégale place des femmes et des hommes dans l'espace politique. Mais les inégalités traditionnelles subsistent aussi largement au sein de l'espace domestique, dont les tâches continuent à être assurées prioritairement par les femmes. Nous insisterons davantage sur ce second aspect, dans la mesure où le débat public sur la « parité domestique » est à peine esquissé contrairement à celui qui a porté sur la parité politique.
• Inégalités dans l'espace public
L'antique monopolisation par les hommes de l'espace public s'est pour l'essentiel maintenue jusqu'à présent. Pour s'en tenir à deux chiffres, l'Assemblée nationale élue en 1997 comptait à peine 10 p. 100 de femmes, et au Sénat, il y avait moins de 6 p. 100 de femmes à la même époque. Le Parlement français au seuil du xxie siècle fait ainsi à peine mieux que celui de la république islamique d'Iran. L'essentiel se jouera à l'avenir dans la mise en œuvre effective de la parité désormais encouragée par la Constitution (loi constitutionnelle du 8 juillet 1999). Mais cette domination masculine se vérifie plus largement dans la monopolisation du pouvoir dans d'autres lieux : au sommet des grandes entreprises, dans les organisations syndicales ou les administrations publiques, dont les fonctions de responsabilité restent accaparées, dans leur immense majorité, par des hommes. En outre, l'espace public ne se réduit pas à la seule scène du pouvoir. Il comprend aussi ce qu'on pourrait appeler la scène mondaine : cet espace où les corps des hommes et des femmes se donnent à voir les uns aux autres. Or l'analyse des discours publicitaires, de la mode, des magazines masculins et féminins, de certaines pratiques (comme les seins nus sur la plage) montre que cette scène mondaine demeure dominée par les hommes : le corps féminin y reste pour l'essentiel un objet de contemplation et de convoitise, pour l'œil masculin.
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