« Ce dont on ne peut parler, soutenait Wittgenstein, il faut le taire » ; car l'inexprimable, le mystique, se montre et ne se dit pas. Un indicible dont il n'y aurait ni ostension ni expression ne serait pas seulement ineffable, il serait inexistant. De toute façon, il y a quelque chose de dérisoire dans les doctrines de l'ineffable : elles parlent de ce qui est silence ; elles multiplient les discours sur ce qui est réfractaire à toute énonciation. Bien plus, elles inventent les notions d'énigme, de sens caché pour exprimer l'inexprimable : comme si, en procédant par dérobade, un sens pouvait arriver à établir au moins dans un demi-jour, dans un clair-obscur, ce qui se réfugie dans une ténèbre épaisse.
Ces doctrines tiennent en réalité que le vrai, ou le vrai du vrai, est secret, mais qu'on peut le percer si l'on « tord » le langage, si on le dépouille de ses usages ordinaires, si on l'aide à franchir ses propres limites en renchérissant sur ses effets rhétoriques, poétiques, mystiques même (à supposer que, par métonymie et métaphore, les connotations du langage, c'est-à-dire son pouvoir d'ajouter à la dénotation, à l'information logique, puissent éveiller chez l'auteur, […]
